Mes pas dans ceux de Bernard Crettaz, je poursuis mon trekking dans les vallées de la mort avec des gens qui, comme le sociologue valaisan, la fréquentent assidûment. Pour autant, ils et elles ne l’ont pas apprivoisée – d’ailleurs, ce mot-là n’est pas apprécié en général: on n’amadoue pas ce grand mystère. Mais tous cherchent un langage pour communiquer avec, ou plutôt sur elle. Et plaident pour une collaboration franche et sincère, pour ne pas la laisser dans le noir, et les vivants avec.Au cours de ce périple, il me fallait interroger au moins un homme d’Eglise. Si depuis longtemps leur maison n’a plus le monopole de la mort, les prêtres sont tout de même censés en connaître un rayon. Ce sera Jean-Blaise Fellay, un proche de Bernard Crettaz, valaisan tout comme lui. Lorsque je le rencontre en cette fin octobre, le jésuite revient justement d’une très belle messe de sépulture pour un confrère et ami cher. L’église était pleine comme un œuf, il y avait une quinzaine de prêtres, une famille dans les premiers rangs très croyante et investie, un orgue qui s’époumonait, «toute la liturgie catholique classique», note le prêtre de 84 ans. Oui, c’était un bel au revoir. Comme il en voit de moins en moins.Nous nous sommes retrouvés à Lausanne à l’espace Maurice Zundel. Cette «city church» ou «tiers-lieu pastoral», comme on dit pour faire moderne, est sortie de terre en 2024. Dédié au théologien suisse Maurice Zundel, c’est une église autant qu’un lieu d’accueil qui propose différents évènements religieux. Pour nous, c’était surtout pratique et près de la gare. On est entrés, on s’est fait un café, et puis, on a continué à questionner la mort version XXIe siècle, en regardant les feuilles et les enfants tournoyer tout autour des grandes baies vitrées.