Mon TGV file vers Paris, où je dois rencontrer dans l’après-midi l’un des directeurs de Funecap, une grande entreprise de pompes funèbres françaises. Mais en gare de Chambéry, mon train ne repart pas: le convoi précédent a percuté quelqu’un. «Accident de personne», annonce une voix féminine dans le micro. C’est l’euphémisme consacré pour parler d’un mort sur les rails. Notre retard est estimé à plus de deux heures, mon rendez-vous tombe à l’eau.En attendant, je me connecte sur le site de la SNCF et découvre quelle est la procédure lorsqu’une âme malheureuse choisit le train pour «en finir» – ah tiens, un autre euphémisme.Extrait: «En cas d’accident de personne, la procédure SNCF s’enclenche immédiatement. La circulation est interrompue dans les deux sens. Les pompiers, la police ou la gendarmerie sont appelés. Un officier de police judiciaire (OPJ) est avisé, et se rend sur place. Si la personne est blessée, elle est évacuée par les pompiers. L’OPJ mène une enquête, effectue les premières constatations et auditionne les témoins. Si la victime est décédée, les pompes funèbres sont sollicitées. [...] Le conducteur du train impliqué est relevé de son service et un accompagnement psychologique lui est proposé.»Je réalise que des employés de l’entreprise que j’allais rencontrer sont peut-être ici même, «sur zone», en train de récupérer des morceaux de chair et d’os avec des pinces métalliques. Parfois, des membres sont retrouvés à des centaines de mètres de l’impact, lis-je dans des témoignages en ligne. J’écris à mon rendez-vous manqué pour avertir de «l’incident» – euphémisme. Et j’ajoute une question à la liste que j’avais préparée: qui s’occupe de ceux qui s’occupent des corps?