Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Livres Livres Livres Essais anthropologie Essais anthropologie Essais anthropologie Dans « Machine 12 256. Ethnographie d’une usine-atelier », l’anthropologue bat en brèche les lieux communs sur la désindustrialisation, en rencontrant « ceux qui restent ». Article réservé aux abonnés « Machine 12 256. Ethnographie d’une usine-atelier », de Nadine Michau, Editions de l’EHESS, « Apartés », 184 p., 14 €. Heureuse trajectoire que celle de Machine 12 256. Ethnographie d’une usine-atelier : partir à la recherche d’un passé et découvrir du présent ; vouloir recueillir la mémoire d’une pratique et rencontrer sa persistance. Voilà l’expérience qu’a connue Nadine Michau lors de son enquête sociologique dans une usine de Vierzon (Cher), ancien fleuron industriel français. Venue écouter les témoignages d’une histoire ouvrière, elle a trouvé, à la place, des hommes et des femmes soucieux d’assurer sa suite. A rebours du discours médiatique et politique ambiant, qui profère la mort de l’industrie française, la chercheuse en anthropologie à l’université de Tours invite ainsi à reparcourir les lieux communs qui entourent la désindustrialisation en tournant notre regard vers les marges : « Il convient de ne pas oublier ce qui reste », écrit-elle. Ce reste, ou ce qui du monde ouvrier résiste, elle en fait l’étude chez LBM, une usine coopérative de sept salariés qui fabriquent des presses hydrauliques et s’attellent, au moment où elle commence son enquête de deux ans auprès d’eux, à la réalisation de la 12 256e machine. C’est avec minutie que sont alors recueillis les gestes, restitués les efforts. L’ouvrage rend compte avec subtilité de cette « dramaturgie de la technique » et se met attentivement à l’écoute, pour mieux nous faire entendre ce « bruissement industriel ». Cette matière certes discrète, mais concrète, Nadine Michau nous la rend sensible dès la scène d’ouverture, en décrivant des rapports collectifs qui tendent et trament la construction d’une machine : « Chacun commente en cherchant des solutions techniques. Le bâti est l’ossature en tôle très épaisse qui va porter tous les éléments mécaniques de la machine, mais il doit aussi répondre à des normes esthétiques industrielles. “Il faut qu’elle nous plaise à tous”, me dit Dominique, le monteur. » C’est bien l’impression d’une communauté organique, se nouant dans l’intimité des machines, qui se dégage du texte, dans un lieu qui est entre l’usine et l’atelier, à l’interstice, à la marge, faisant toute la complexité de cette expérience. Il vous reste 37.29% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
Un essai sensible de l’anthropologue Nadine Michau restitue au plus près les gestes et les enjeux du travail ouvrier
Dans « Machine 12 256. Ethnographie d’une usine-atelier », l’anthropologue bat en brèche les lieux communs sur la désindustrialisation, en rencontrant « ceux qui restent ».







