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ReportageLa Chine a stoppé l’avancée de la rébellion dans l’Etat Shan pour sauver une junte chancelante et rouvrir son projet de corridor économique, du Yunnan jusqu’à l’océan Indien. Pour Pékin, cet axe est une assurance-vie stratégique en cas de crise autour de Taïwan. Pour la Birmanie, il signifie une dépendance accrue à son puissant voisin et un redécoupage du champ de bataille, où armées, groupes ethniques et civils doivent désormais composer avec la « pax sinica ».

Le viaduc de Gokteik déploie ses longues jambes d’acier argenté jusqu’au fond de la vallée. A bord d’un vieux wagon, des lycéens enchaînent les selfies. Tout autour, en cette fin de mai, le paysage est d’un vert intense : dans le nord-est de la Birmanie, l’immense plateau montagneux de l’Etat Shan s’étire de Pyin Oo Lwin, ancienne capitale d’été de la colonie britannique, jusqu’aux frontières du Yunnan chinois.

Inauguré en 1901 sous l’Empire britannique, ce chef-d’œuvre d’ingénierie a permis de relier, par voie ferrée, Mandalay à Lashio, 280 kilomètres plus au nord. Le trajet prenait entre douze et seize heures jusqu’à ce que la guerre civile consécutive au coup d’Etat de 2021 paralyse le réseau.