Alain NarinxChef d'édition Week-end et news manager11 juin 2026Aujourd'hui à 06:02Lors de la Coupe du monde de foot, les États-Unis veulent surtout imposer leur domination géopolitique et renvoyer une image de puissance, loin de l'universalisme théorique d'un tel événement.La Coupe du monde de foot est, depuis ses débuts il y a près d’un siècle, le miroir de son époque et un instrument de soft power pour le pays organisateur. L’histoire regorge d’illustrations. Dès 1934, Mussolini faisait de la victoire de la "Nazionale" un symbole de réussite de l’Italie fasciste, le Duce n’hésitant pas au passage à prodiguer d’aimables conseils aux arbitres pour éviter tout imprévu. En 1978, la junte argentine a tout fait pour que l’Albiceleste décroche sa première étoile, dans un tournoi marqué par de fortes suspicions de trucage d’au moins un match. Plus réjouissant, en 1998, la France "black blanc beur" triomphait dans un rare moment de communion nationale. Plus récemment, en 2018, quatre ans après l’annexion de la Crimée ukrainienne, la Russie de Poutine voulait afficher sa puissance retrouvée lors de son Mondial. En 2022, le Qatar couronnait 20 ans de diplomatie sportive, d’ouverture économique et de "sportwashing" sur les droits humains.L’universalisme du ballon rond se lézardeLa Coupe du monde 2026, qui débute ce jeudi soir à Mexico, ne déroge pas à la règle générale d’avoir des reflets très politiques. Mais à bien y regarder, l’image projetée est très différente. Habituellement, le pays organisateur souhaite donner la meilleure image de lui-même et veut se montrer ouvert au monde. Cette fois, l’universalisme du ballon rond se lézarde. Les États-Unis veulent surtout imposer leur domination et leurs conditions. Donald Trump veut en faire un événement à sa gloire personnelle. Dès mars 2025, il a signé un décret présidentiel instituant une Task Force fédérale que, fait inhabituel, il préside lui-même. La co-organisation avec le Mexique et le Canada est reléguée au second plan, réduite à une simple caution géographique, tant les USA supplantent les deux hôtes. Ces derniers jours, un arbitre somalien a été refoulé du territoire américain. Le quota de tickets des supporters iraniens a été retiré et certains accompagnateurs de la "Team Melli" ont été privés de visas alors que, pour la première fois, le pays hôte est impliqué dans un conflit armé direct en cours avec un participant. Un joueur irakien a été détenu sept heures aux douanes. Comme une illustration du trumpisme, le soft power s’est transformé en hard power.La Fifa est également complice de cette évolution. La fédération internationale de football est censée être une institution multilatérale, neutre, au-dessus de la mêlée. En validant un format à 48 équipes participantes, elle a transformé l’événement en gigantesque machine à cash, au risque de dénaturer l’essence même du sport, et a poussé le vice jusqu’aux flagorneries envers Donald Trump, le Président américain recevant même il y a quelques mois un "prix de la paix" inventé pour l’occasion. Symptomatique.Bien sûr, les amateurs de foot vont vibrer aux arrêts de Courtois, aux passes de De Bruyne, aux dribbles de Doku et aux buts de Lukaku. Mais dans le reflet de leur téléviseur, ils verront aussi l’image d’un monde en crise.