Prix Rossel 2016, Hubert Antoine signe avec "Un irrésistible penchant" (Grasset) un roman brillant sur l’amitié, le désir, le mensonge et la soif d’absolu.Le résuméKitano transforme une bourde érotico-verbale en spirale de désir, de repentance et de mensonge vrai.Hubert Antoine joue du burlesque et de la métaphysique, parfois jusqu’à l’excès.Le roman tient par sa soif d’absolu: vivre, aimer, créer, ou se brûler à la beauté.Il n'est pas le premier Namurois à avoir pris de la distance. Après Henri Michaux et Jean-Claude Pirotte, Hubert Antoine s'en est allé vivre vingt-cinq ans au Mexique, où il a ouvert un restaurant de gaufres – waffles en espagnol – tout en faisant lever des écrits poétiques. Et un premier roman, "Danse de la vie brève", qui reçut le Prix Rossel en 2016, avant une suite, "Les formes d'un soupir". Des titres qui auraient pu convenir à cet "irrésistible penchant", tant il nous emporte dans le tourbillon des vérités et de leurs mensonges. Il y a chez Hubert Antoine un goût du jeu et du revers, et une métaphysique qui a du chien.#64secondes avec l'écrivain belge Hubert AntoineTrop-plein de fulgurances et d'espritSon narrateur Kitano n'a de japonais que le nom, c'est une sorte de Pouchkine incandescent, brillant causeur, dessinateur de talent, se gargarisant d'un trop-plein de fulgurances et d'esprit. Une nuit d'ivresse, il se laisse aller – pour notre régal – à une déclaration hautement inflammable devant l'entrejambe chaste d'Enea, la fiancée de Max-Igor, son meilleur ami. Aïe! direz-vous, et vous aurez raison.Elle-même goûte peu cet égarement dans son triangle des Bermudes en coton blanc. Voulant rattraper ce pataquès qui met en péril leur profonde amitié, Kitano s'enfonce dans l'ornière de la repentance et du désir. Aïe! penserez-vous, et là encore vous aurez raison.La faute à "L'origine du monde" de Courbet, vu en cours, et à la trappiste qui délie la langue d'un bavard pénitent. Sur l'écran blanc de la culotte d'Enea, il a projeté en idéogrammes tout et son contraire, jeté son va-tout de monte-en-l'air, l'ironie et la passion en bandoulière. Comment rattraper une bourde sinon en enchaînant boulettes et maladresses?À cet art légèrement irritant, Kitano excelle, et Hubert Antoine le suit brillamment dans l'exercice appliqué du mentir-vrai, celui de l'art et plus encore celui de l'existence, qui offre ce qui se dérobe."Un irrésistible penchant", d'Hubert Antoine, paru chez Grasset.À l'ombre d'une beauté inaccessibleCette impuissance à vivre dans l'ombre d'une beauté inaccessible est ce qui a scellé l'amitié entre Max-Igor et Kitano, amateurs des chefs-d'œuvre qu'offrent les inattendus de la vie. Le reste étant «œuf de chèvre». Hélas, Enea est ce chef-d'œuvre d'intelligence et de grâce."La tristesse se porte aux épaules comme une fourrure sur un cintre. On ne voit que l'animal mort."Hubert AntoineDans "Un irrésistible penchant"Tour à tour potache et nietzschéen, Kitano écume les jours entre absurdité et quête essentielle, prêtant son talent de portraitiste à une improbable vente aux enchères d'un vrai-faux Gauguin, orchestrée par leur professeur de postromantisme. Une vente à New York, qui l'oblige à passer devant un détecteur de mensonges...Hubert Antoine écrit brillamment – presque trop – et s'il égare l'intrigue autour de cette vente de tableau, prétexte devenu inutile, il ne perd pas le motif: la soif d'absolu que seul étanche l'intensité de l'instant. Il excelle à brouiller la pudeur de Kitano sous une jactance délectable. «La tristesse se porte aux épaules comme une fourrure sur un cintre. On ne voit que l'animal mort». En jeune albatros malhabile dans un quotidien sans enjeu, Kitano soigne sa déprime à l'art ancien, et déploie dangereusement ses ailes sous le regard aiguisé d'Hubert Antoine.