Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Arts Arts Arts Tribune Corinne Ameiyamo Toka-Devilliers Présidente de l’association Moliko Alet + Po André Delpuech Conservateur général du patrimoine Les connaissances doivent également faire partie du processus de réparation amorcé par la France face à son histoire coloniale, estiment, dans une tribune au « Monde », la présidente de l’association Moliko Alet + Po, Corinne Ameiyamo Toka-Devilliers, et le conservateur général du patrimoine, André Delpuech. Publié aujourd’hui à 13h00 Temps de Lecture 3 min. Article réservé aux abonnés La France commence enfin à regarder en face une part de son histoire coloniale longtemps enfouie dans les réserves des musées et les silences de la République. Les avancées législatives récentes [la loi du 9 mai 2026 relative à la restitution de biens culturels ayant fait l’objet d’une appropriation illicite] permettant la restitution de restes humains et de certains biens culturels conservés dans les collections publiques constituent une avancée majeure. Il a fallu une mobilisation de plusieurs années de l’association Moliko Alet + Po et une loi spécifique, adoptée par le Sénat le 18 mai, pour que les dépouilles d’autochtones kali’na et arawak conservées depuis plus d’un siècle au Muséum national d’histoire naturelle puissent enfin retourner en Guyane afin d’y recevoir une sépulture digne. Ces hommes, ces femmes et ces enfants avaient été arrachés à leur terre et exhibés au Jardin d’acclimatation de Paris en 1892. Plusieurs moururent durant leur séjour et furent inhumés au cimetière de Levallois-Perret [Hauts-de-Seine] ; mais cinq ans plus tard, véritables profanateurs de tombes, les anthropologues du Muséum sont venus les exhumer pour leur faire rejoindre des collections scientifiques, les réduisant au statut d’objets d’étude totalement déshumanisés. Derrière ces restes humains se lit une même histoire : celle d’un regard de domination qui considérait certains corps comme appropriables, dissécables et collectionnables. Les restituer n’efface pas l’histoire ; cela rend leur humanité à ceux qui en furent privés et permet enfin à leurs descendants d’accomplir les rites funéraires auxquels ils ont droit. D’autres corps humains provenant des Caraïbes, de l’océan Indien ou du Pacifique doivent désormais suivre le même chemin. Cette réflexion devra également concerner, un jour, les restes humains collectés sur le territoire hexagonal au XIXe siècle. Mais une autre question, nécessaire, s’impose : celle des savoirs. Il y a quelques années, lors d’une visite au Musée du quai Branly, Sven Haakanson, directeur de l’Alutiiq Museum de Kodiak, en Alaska, nous confiait que plus importante encore que la restitution des objets était « the repatriation of knowledge », le rapatriement des savoirs. Cette formule dit l’essentiel. Il vous reste 59.21% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
« Après la restitution des restes humains et des biens culturels, un nouveau chapitre doit s’ouvrir : celui du rapatriement des savoirs »
TRIBUNE. Les connaissances doivent également faire partie du processus de réparation amorcé par la France face à son histoire coloniale, estiment, dans une tribune au « Monde », la présidente de l’association Moliko Alet + Po, Corinne Ameiyamo Toka-Devilliers, et le conservateur général du patrimoine, André Delpuech.






