Des élus fédéraux auront l’occasion de se prononcer lundi sur l’idée de conférer au gouvernement le droit d’outrepasser les risques environnementaux pour permettre des pesticides en cas « d’urgence » ou pour « la sécurité économique » d’une région.« Les pesticides ne devraient pas faire l’objet de passe-droit politique », a dénoncé le député du Bloc québécois Maxime Blanchette-Joncas, lors d’un point de presse à partir du Parlement.Des représentants de cinq groupes qui demandent un encadrement plus strict des pesticides étaient à ses côtés, inquiets d’une modification légale de la Loi sur les produits antiparasitaires proposée à la page 27 de C-30, le projet de loi qui fait suite au dernier Énoncé économique du printemps.Le texte propose notamment d’exiger que la ministre de la Santé prenne en considération « la sécurité économique » ou « la sécurité alimentaire » quand vient le temps d’homologuer ou non un nouveau produit.Même si la ministre conclut que les risques environnementaux sont inacceptables, le gouvernement pourrait permettre quand même son utilisation en cas « d’urgence contre une infestation gravement préjudiciable » ou « pour protéger la sécurité économique, à l’échelle nationale ou régionale ».Les élus membres du Comité permanent des finances doivent veiller tard lundi soir, en théorie jusqu’à minuit, pour adopter ces mesures et le reste des propositions de C-30, lors de l’examen article par article du projet de loi. Une récente réorganisation des comités parlementaires a conféré aux libéraux, désormais majoritaires, le plein contrôle de l’ordre du jour.Pour Monsanto ?Une vingtaine de scientifiques ont déjà signé un mémoire, d’abord rapporté par Radio-Canada, qui critique cette mesure comme « un niveau de décision discrétionnaire inutile et inadéquat, [à même de] renforcer le contrôle de l’industrie sur les décisions réglementaires ».L’Association pour la santé publique du Québec (ASPQ) avance qu’il est « possible » que le gouvernement fédéral propose ces mesures pour maintenir sur les tablettes le populaire herbicide Roundup, à base de glyphosate, de la compagnie Monsanto.« C’est possible, parce qu’effectivement il y a des études récentes qui démontrent le caractère cancérogène du Roundup », a estimé son porte-parole Pascal Priori, invité au point de presse à Ottawa par le Bloc québécois. Le produit est aussi lié à la maladie de Parkinson chez les agriculteurs.Ces dernières années, des villes comme Montréal, Québec, Laval ou Granby ont interdit le glyphosate sur leur territoire. Santé Canada, de son côté, a un temps envisagé de hausser les seuils acceptables de résidus de glyphosate permis sur les aliments, à la demande du propriétaire de Monsanto, la multinationale agrochimique Bayer. Ces démarches n’ont mené à aucun changement.L’industrie n’est pas loinUn lobbyiste de Bayer a justement rencontré la ministre Marjorie Michel le 28 mai dernier, montre le registre public. Fin avril, la ministre a pris la parole lors d’un événement de CropLife Canada, un groupe de l’industrie. « Une première pour un ministre canadien de la Santé », s’est-elle ensuite vantée.Une militante du groupe Vigilance OGM a pris la peine d’imprimer la photo de la ministre à cet événement, pour la brandir lors du point de presse de lundi. « On voit ce combat un peu partout dans le monde. En Europe aussi, les lobbys poussent pour mettre fin à la réévaluation cyclique des pesticides. Le gouvernement de M. Carney est en train de répondre à l’agenda de l’industrie de l’agrochimie », dénonce Laure Mabileau au Devoir.