Publié le 07/06/2026 20:50
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Manuel Valls, ancien Premier ministre socialiste, était l’invité de Tout est politique sur franceinfo dimanche 7 juin. Il est revenu sur l’affaire Lyhanna, dénonçant des dysfonctionnements de plusieurs institutions et appelant à davantage de responsabilité et de transparence.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.Myriam Encaoua : On va évidemment commencer ce grand entretien par cette marche blanche, bouleversante, après la mort de Lyhanna. "Pardon pour ce que tu as vécu", a dit la tante de la fillette. On a tous été bouleversés. C’est le pays qui est bouleversé par cette affaire. À quoi fait-on face, selon vous ? Le ministre de la Justice a dit que la justice avait failli. Le Rassemblement national parle de scandale d’État. Quels sont les mots que vous posez sur cette affaire ?Manuel Valls : Toujours, d’une certaine manière, pardon de le dire ainsi, gêné de commenter ces moments affreux, terribles, que vivent la famille et les proches de cette très jeune fille. Nous sommes tous parents et nous ne pouvons pas nous mettre à la place de ceux et de celles qui vivent ce drame. J’écoutais, il n’y a pas si longtemps, Éric Mouzin, que j’avais rencontré une fois, le père d’Estelle. Un autre drame. Et il trouvait les mots pour soutenir, mieux que quiconque, cette famille. Donc, d’abord, la compassion, la peine, bien évidemment.Et puis, qu’on le veuille ou non, il faut faire attention à la recherche de boucs émissaires, aux débats politiques. Le débat est en train de s’enflammer, comme d’habitude. Enfin, oui, il faut partager la colère de la famille d’abord, digne, et celle des Français d’une manière générale, parce qu’il y a quelque chose qui a totalement dysfonctionné, qui a failli...Laurent Joffrin : Vous avez regardé le dossier. Vous avez identifié des fautes manifestes ou faut-il attendre l’enquête ?D’abord, vous avez raison, il faut attendre les enquêtes, parce qu’il y en a plusieurs : l’enquête judiciaire, bien évidemment. Une personne est mise en cause, même si, comme on dit, elle est présumée innocente. Enfin, c’est une phrase de circonstance. On voit bien que l’institution scolaire, mais aussi, sans doute, les forces de l’ordre, la gendarmerie et la justice, à l’évidence, ont dysfonctionné, ont failli. Je ne sais pas si c’est un scandale d’État, mais cela vient s’ajouter à déjà... c’est peut-être la loi des séries, qui n’existe pas, mais après un certain nombre de crimes, de meurtres, de drames liés eux aussi à des dysfonctionnements. Comment, dans ce débat, à quelques mois d’une élection présidentielle où tout le monde se jette sur le sujet...Une forme de récupération ?Oui, bien évidemment. Mais il y a une demande d’exigence, de transparence, de vérité et de responsabilité assumée, notamment du côté des magistrats. Il faut essayer de mettre un peu d’ordre, si c’est possible.Laurent Joffrin : Vous étiez conscient de ces difficultés puisque vous avez été à la fois ministre de l’Intérieur et Premier ministre. Vous avez donc géré l’appareil d’État. Vous aviez vu qu’il y avait effectivement un problème pour la justice ?Elles sont de différents ordres, bien évidemment. Contrairement à ce que dit le président de la République, même si je comprends sa réaction, il y a des problèmes de moyens, incontestablement. Je ne sais pas si c’est le cas dans le Gers, à Auch, parce que c’est un petit tribunal.Emmanuel Macron a dit : "Je ne veux pas entendre parler de moyens." Ils ont été augmentés. Même si c’est vrai qu’en comparaison de nos voisins, nous sommes encore en deçà, il estime que c’est un problème d’organisation.Oui, ils ont été augmentés, notamment pour les bâtiments, pour les greffiers. Et puis on sait bien qu’un certain nombre d’investissements, je pense au recrutement des magistrats, mettent forcément du temps. Je rappelle que lorsque François Hollande a été élu, j’étais donc son ministre de l’Intérieur. Il y avait trois priorités : l’école, en termes de création d’emplois, face à une situation budgétaire qui était évidemment extrêmement négative ; les moyens du ministère de l’Intérieur, policiers et gendarmes ; et les moyens de la justice, qu’il fallait augmenter.Mais c’est vrai que là, on voit bien que ce n’est pas un problème de moyens, même si cette question reste posée. Et puis c’est un problème d’enquête. Peut-être que les réformes concernant la police judiciaire... C’est ce que disait d’ailleurs le père d’Estelle Mouzin. La réforme de la police judiciaire a énormément contribué, là aussi, à dérégler le travail d’enquête. Je disais, une proposition consiste à créer un nouveau parquet national. Parce que ces parquets, il y en a un pour les affaires financières ou de corruption, un parquet antiterroriste. Moi, je suis prudent sur ces questions-là parce qu’elles ont d’abord tendance à accaparer tous les moyens, toutes les priorités. Alors que là, il s’agit vraiment d’essayer de faire travailler ensemble, soit des parquets différents, soit, sur place c’est le cas dans ce territoire la justice, les forces de l’ordre, les services sociaux, l’éducation, etc.Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.















