Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Livres Livres Livres Récits Récits Récits Le journal des lectures en poche du journaliste. Article réservé aux abonnés « La Race des hommes perdus », d’Antonin Artaud, textes choisis et préfacés par Christophe Guias, Payot, « Poche. Littérature », 116 p., 7,90 €. « Un temps pour se taire » (A Time to Keep Silence), de Patrick Leigh Fermor, traduit de l’anglais (Royaume-Uni) et annoté par Guillaume Villeneuve, Payot, « Poche. Littérature », 140 p., 8 €. « Le Goût des paradis artificiels », textes choisis et présentés par Sandrine Fillipetti, Mercure de France, « Le petit Mercure », 120 p., 10 €. Antonin Artaud (1896-1948) aura peu voyagé. Deux fois, mais pour deux allers sans retour. Une fois au Mexique (1936), une fois en Irlande (1937). Cette dernière pour être fourré d’office, neuf ans durant (1937-1946) et dès sa descente du bateau, dans une camisole de force et recevoir des chocs électriques, histoire de lui apprendre l’art et la manière de se tenir en société. Entre fin 1935 et novembre 1936, grâce à l’aide conjointe de Jean Paulhan, Louis Massignon et Jean Marx, grand ordonnateur de la vie culturelle française hors de France, Antonin ­Artaud s’est donc rendu au Mexique, apparemment pour y donner des conférences, à l’Alliance française et à l’université de Mexico, ou publier des articles dans la presse locale – en réalité, pour s’y offrir en sacrifice. Pour y plonger dans le feu comme on rompt le pain, avec l’ethnie des Tarahumaras, dite aussi des « Raramuri », peuple indien de la sierra, hors du monde (« ce monde où l’on ne parle tant de progrès que parce que sans doute on désespère de progresser »), adonné au marathon à fleur de gouffre et au culte du peyotl, plante mescalinienne hallucinogène à la racine hermaphrodite. De ce séjour initiatique, de cette expérience calcinante et revivifiante, Artaud a tiré des « messages révolutionnaires » dont Christophe Guias a relevé l’essentiel : visions d’une nature hantée et chamboulée qui n’est qu’un énorme chiffre indécryptable, danses rituelles incantatoires où l’apôtre du « théâtre de la cruauté » voit s’accomplir sa prophétie dramaturgique, « rite noir » de Tutuguri – colossale déconstipation cosmique des forces naturelles accumulées –, fin du réel conçu comme un grand bassin de retenue, et qui lâche enfin. Une lecture pour temps caniculaire. Il vous reste 43.67% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.