Depuis La fiancée syrienne, Les citronniers ou Mon fils, le cinéaste israélien Eran Riklis explore des vies prises dans les fractures du politique. Lire Lolita à Téhéran prolonge cette démarche en adaptant le récit autobiographique devenu emblématique d’Azar Nafisi. Le livre duquel le film est issu, paru en 2003, n’a rien d’un titre confidentiel : traduit dans plus de 30 langues, il s’est vendu à plus de 1,5 million d’exemplaires et a longuement figuré sur la liste des meilleurs vendus du New York Times.Rappelons donc l’histoire de ce best-seller. Dans l’Iran postrévolutionnaire, une professeure de littérature (ici incarnée par Golshifteh Farahani) réunit clandestinement d’anciennes étudiantes pour lire Nabokov, Fitzgerald ou Henry James, loin du regard du régime islamique. Retirant leur voile, ces femmes discutent de littérature, d’amour, de sexualité et de liberté dans un appartement transformé en refuge provisoire.Lire pour désobéirCe film, chapitré comme le livre, fait parfois penser à une sorte de Société des poètes disparus clandestine et féminine, où la lecture devient un geste de dissidence intime. Fascinant aussi, ce parcours d’intellectuelles insoumises, qui refusent de plier entièrement devant le pouvoir et continue de croire au potentiel subversif des œuvres.