Le gouvernement Carney a dévoilé jeudi matin sa stratégie nationale en matière d’intelligence artificielle (IA). Parmi ses objectifs : faire passer le nombre d’entreprises qui ont recours à des outils d’IA de 12 % à 60 % d’ici 2034.Pour y parvenir, Ottawa compte mettre en place une série d’incitatifs financiers afin d’encourager l’adoption de l’IA, notamment dans les PME. Ils comprennent des investissements de 500 millions de dollars dans l’Initiative régionale en matière d’intelligence artificielle, la mobilisation d’une autre enveloppe de 500 millions issue de la Banque de développement du Canada (BDC) ainsi qu’un crédit d’impôt pour la recherche scientifique et le développement expérimental.La cible de 60 % à l’horizon 2034 est-elle réalisable ? « Tout à fait », soutient Annie Veillet, responsable des services d’IA et d’automatisation intelligente chez PwC Canada. À ses yeux, cette cible risque même d’être dépassée d’ici là. « Il y aura certaines organisations qui vont le faire de manière très proactive, planifiée. Elles ont des ambitions qu’elles veulent mettre en place. Pour d’autres, cette transformation se fera malgré elles. » En effet, dans plusieurs entreprises, c’est également par la pratique personnelle des employés que pourrait s’effectuer cette transformation.Pour le professeur à l’École des sciences de l’administration de la TÉLUQ, Martin Noël, la cible avancée par Ottawa doit être précisée par des indicateurs clairs, qui permettent de mesurer le réel niveau d’intégration des outils d’IA dans le fonctionnement d’une entreprise. « La cible est réaliste selon l’angle avec lequel on la prend », laisse-t-il tomber. Par exemple, une entreprise qui aurait recours ponctuellement à une IA générative pour rédiger un courriel ne signifierait pas nécessairement qu’elle adopte en profondeur l’IA dans ses pratiques.Les entreprises encore frileusesSelon Statistique Canada, 78 % des entreprises qui n’ont pas adopté l’IA affirment ne pas voir comment celle-ci pourrait leur être utile dans leur offre de biens et services. Pour nombre d’entre elles, la transformation pourrait même se faire à reculons.Selon une étude de Brio Management réalisée en partenariat avec Léger, 66 % des dirigeants d’entreprises québécoises vivent l’arrivée de l’IA comme un « mal nécessaire », une expression qui traduit un certain inconfort vis-à-vis d’une technologie qui avance plus vite que la capacité des organisations à l’apprivoiser.Cette situation s’explique notamment par un déficit dans la connaissance des outils offerts par l’intelligence artificielle au sein des entreprises. « Il y a une crainte, un manque de confiance. Souvent, le manque de confiance vient avec un manque de compréhension de ce qu’est l’IA et des risques qui lui sont associés », résume Annie Veillet, de PwC Canada.
Ottawa veut voir les entreprises canadiennes utiliser davantage l’IA
Le fédéral entend mettre en place une série d’incitatifs financiers pour atteindre cet objectif.














