L’an dernier, le ministre canadien de l’Intelligence artificielle a rencontré discrètement l’une des rares personnes en mesure d’influer sur la fortune détenue par le fonds public de retraite des Canadiens.La rencontre, évoquée dans une note d’information non datée obtenue par le Canada’s National Observer grâce à une demande d’accès à l’information, semble s’inscrire dans les efforts d’Evan Solomon, ministre fédéral de l’Intelligence artificielle, pour encourager Tim Downing, directeur général des affaires intérieures de l’Office d’investissement du régime de pensions du Canada, à appuyer la mission du gouvernement fédéral visant à stimuler l’industrie canadienne de l’IA.Ces dernières années, le fonds de retraite a investi dans l’IA et dans des infrastructures qui y sont liées à l’échelle mondiale, notamment dans Colossus, le projet record d’Elon Musk à Memphis, au Tennessee, alimenté au gaz naturel.Depuis son arrivée au pouvoir l’an dernier, le gouvernement Carney a placé la construction d’une IA « souveraine » au cœur de ses efforts pour stimuler l’économie et réduire la dépendance du Canada envers les États-Unis. Le budget fédéral de 2026 prévoit plus d’un milliard de dollars pour ce secteur, et le gouvernement a invoqué le soutien à l’industrie pour justifier le recul de certaines mesures climatiques importantes dans le cadre du protocole d’entente conclu entre Ottawa et l’Alberta afin de stimuler les industries des combustibles fossiles et de l’IA dans la province.Remises en questionCertains observateurs remettent toutefois en question la décision du gouvernement fédéral de courtiser les fonds de pension, soulignant que M. Solomon a fourni peu de détails sur les garde-fous prévus, ou même sur ce que signifie l’IA « souveraine ». Le régime de pensions est censé fonctionner sans lien de dépendance avec le gouvernement et doit, en vertu de la loi, maximiser les rendements pour les Canadiens en prenant le moins de risques possible.Hadrian Mertins-Kirkwood, chercheur principal au Centre canadien de politiques alternatives, où il se consacre aux questions environnementales et à l’IA, estime que l’approche d’Ottawa soulève toute une série de difficultés.« Il y a ici une tension entre le désir du gouvernement d’utiliser le RPC et la façon dont celui-ci est censé fonctionner », dit-il.Plus tôt ce mois-ci, M. Solomon a annoncé que le gouvernement fédéral appuierait Telus, l’entreprise de télécommunications, dans la construction de trois centres de données en Colombie-Britannique dans le cadre du plan gouvernemental de centres de données pour une IA souveraine. Mais Ottawa souhaite aussi convaincre les fonds de pension canadiens d’adhérer à son plan de développement de l’IA, en promettant 15 milliards de dollars en prêts et en prises de participation à des promoteurs de centres de données soutenus par des investissements de fonds de pension canadiens.« La participation de l’OIRPC aux industries de l’IA et de l’énergie au Canada contribuera à accélérer l’expansion de la capacité nationale de calcul en IA, à soutenir la souveraineté numérique du Canada, à servir d’investissements d’ancrage dans l’écosystème et à atténuer l’exode des talents canadiens en créant des occasions au pays », indiquent les documents, avant d’encourager M. Solomon à demander à M. Downing comment le gouvernement fédéral peut faire du Canada un lieu attrayant pour les investissements du fonds de pension dans l’IA et l’énergie.« Le gouvernement tient à s’assurer que la participation de grands investisseurs institutionnels, comme l’OIRPC, à l’écosystème canadien de l’IA soit équilibrée par des mesures de protection appropriées en matière de souveraineté, d’accès concurrentiel et d’arrimage aux objectifs plus larges des politiques publiques », précise le document.Dans une déclaration transmise au Canada’s National Observer, Michel Leduc, chef des affaires publiques d’Investissements RPC, a indiqué que le fonds « cherche activement des occasions au Canada et à l’étranger dans les secteurs de l’énergie et des infrastructures qui sous-tendent l’adoption de l’IA, comme les centres de données et le transport d’électricité. Nous sommes optimistes quant à l’émergence d’un plus grand nombre d’occasions au Canada pour ce type d’investissements d’infrastructure à grande échelle. »
Ottawa pousse pour que le Régime de pensions du Canada investisse dans l’IA «souveraine»
Certains observateurs remettent toutefois en question la décision du gouvernement fédéral.














