Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement L'époque L'époque L'époque Work in progress Work in progress Work in progress Chronique Nicolas Santolaria « Work in progress ». Trouver de vagues ressemblances à ses collègues de travail permet de rendre la vie de bureau un peu plus ludique. Mais n’y a-t-il pas une raison plus profonde à cette quête de parenté physique ? Publié aujourd’hui à 13h18, modifié à 13h44 Temps de Lecture 2 min. Article réservé aux abonnés L’autre jour, je participais à une réunion tout ce qu’il y a de plus sérieux lorsque mon voisin de gauche m’a glissé, à propos de la personne qui venait de prendre la parole : « Tu trouves pas qu’il ressemble à Tom Hanks ? » A vrai dire, je n’y avais jamais pensé, mais en regardant plus précautionneusement les traits de son visage, j’ai pu constater que ce confrère avait effectivement quelque chose de l’acteur américain, période Seul au monde (2000), de Robert Zemeckis. Trouver des ressemblances approximatives à vos collègues de travail est devenu un jeu en vogue, une sorte de plaisir enfantin permettant de ludifier à moindres frais la vie de bureau. Je croise régulièrement dans les couloirs le sosie du ministre des affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, la réplique de Simone Signoret, le double de Jacques Villeret, et, à chaque fois, je me demande s’ils sont eux-mêmes au courant de cette parenté physique. Ce qui fascine là-dedans, ce n’est pas tant la ressemblance véritable que la ressemblance vague, laquelle crée encore plus de connivence entre ceux qui identifient le même trait, à l’image des concours de sosies ratés qui prospèrent actuellement. C’est cette quête de l’à-peu-près que raconte aussi le film Dans la peau de Blanche Houellebecq (2024), de Guillaume Nicloux, où toute la drôlerie vient du fait que les candidats qui se présentent à un concours de sosies de Michel Houellebecq n’ont que très peu de traits communs avec l’écrivain. « Nous, au bureau, on a une formule consacrée quand on voit passer un collègue qui ressemble vaguement à quelqu’un de connu. On dit : “Il a pris cher, machin !” Du genre : “Il a pris cher, Brad Pitt” », me confie le cadre d’une grande entreprise, qui a déjà débusqué une palanquée de copies non conformes. Je me souviens que, dans une boîte où j’avais précédemment travaillé, chacun était invité à définir son sosie « de la win » et son sosie « de la lose », aidé en cette opération de bornage par le reste du groupe. On m’avait ainsi soufflé que mon sosie de la win était Edward Norton et mon sosie de la lose Olivier Besancenot, sans que je comprenne pourquoi le postier anticapitaliste était moins valorisé que l’acteur sociétaire du Fight Club (David Fincher, 1999). Il vous reste 42.77% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
Au bureau, l’invasion des sosies ratés : « Il a pris cher, Brad Pitt ! »
CHRONIQUE. « Work in progress ». Trouver de vagues ressemblances à ses collègues de travail permet de rendre la vie de bureau un peu plus ludique. Mais n’y a-t-il pas une raison plus profonde à cette quête de parenté physique ?













