Christian Theiler a accès à des équipements qu’on lui envie à travers le monde. Le meilleur enseignant 2025 de la Section de physique de l’EPFL en fait profiter ses étudiantes et étudiants.Enfant, lorsqu’il jouait aux petites voitures, Christian Theiler imaginait que ces véhicules miniatures ne polluaient pas. Voire que ses jouets étaient capables de lutter contre le réchauffement climatique. Cet intérêt précoce pour la durabilité «a probablement été aiguisé par mes parents, qui ont souvent évoqué les questions liées à l’approvisionnement et à l’utilisation de l’énergie, ainsi que les conséquences associées», analyse le meilleur enseignant 2025 de la Section de physique de l’EPFL.Rendre l’énergie moins polluante s’est transformé en carrière académique pour le professeur associé au Swiss Plasma Center (SPC), l’un des leaders mondiaux de la recherche en physique des plasmas. Le but de ce laboratoire est d’utiliser la fusion pour fournir une énergie sûre, abondante et propre. Pour ce faire, Christian Theiler et ses collègues peuvent «s’amuser» avec un jouet bien plus imposant que ses petites voitures d’enfance: un tokamak à configuration variable (TCV). Cette installation expérimentale est capable de modifier la forme du plasma grâce à des bobines magnétiques. «Il est ainsi possible d’explorer le comportement du plasma dans des configurations variées et d’en étudier la réponse.»Le SPC est l’un des quatre seuls sites européens à posséder un tel équipement. À l’échelle nationale, il joue un rôle important dans la recherche liée à la transition énergétique. «Nous sommes déjà parvenus à une très bonne compréhension du principe de fusion, qui est la source d’énergie du Soleil et des étoiles», commente le lauréat du Nuclear Fusion Journal Award 2020. Les défis en vue d’une application concrète, dont celui de la gestion des instabilités du plasma et de ses interactions avec les parois du réacteur, demeurent néanmoins nombreux. «L’un de nos buts est d’optimiser les réacteurs, afin de les rendre plus compacts et simples à opérer.»«Un peu peur»Christian Theiler n’est pas un nouveau venu au SPC. «Durant mes études de Master en physique à l’EPFZ déjà, j’ai commencé à m’intéresser aux plasmas et à la fusion.» Logiquement, le regard de l’étudiant zurichois se tourne alors vers l’EPFL et son laboratoire spécialisé. C’est d’ailleurs en terres vaudoises qu’il passera le dernier semestre de ses études de Master, avant d’y enchaîner sur une thèse, qu’il obtiendra en 2011. S’en suit une recherche postdoctorale au Massachusetts Institute of Technology, consacrée au tokamak Alcator C-Mod. En 2014, retour à l’EPFL, cette fois en tant que boursier EUROfusion, pour rejoindre l’équipe du TCV. Deux ans plus tard, il sera nommé professeur.Grâce à leur motivation, les étudiantes et étudiants me rendent la tâche facile!«L’enseignement occupait depuis longtemps un coin de ma tête», se souvient-il. «D’une part parce que j’ai toujours aimé expliquer aux autres ; d’autre part, parce que la formation fait partie intégrante du succès de la recherche.» Il avoue avec un léger sourire: «Cela me faisait un peu peur au début.» Certes, s’exprimer devant plusieurs centaines de personnes était un exercice auquel il était habitué en tant que conférencier. «Mais donner envie à des étudiantes et étudiants de poursuivre leur parcours académique, les aider à développer leur potentiel et surtout ne pas casser leur motivation, c’est une autre histoire.»Soigner les interactions humainesSon style d’enseignement, Christian Theiler le décrit à la fois comme classique et dynamique. «J’aime aller au fond des choses, prendre le temps d’expliquer, au tableau noir, des bases théoriques solides.» Cultiver la pensée analytique des personnes qui assistent à ses cours figure également au cœur de ses priorités. «Parallèlement, j’accorde beaucoup d’importance aux expériences en classe et aux exercices avec des applications concrètes.» Il assiste généralement à ces derniers, «afin de pouvoir répondre en direct aux questions et surtout de voir ce qui mérite d’être réexpliqué en cours». De façon plus large, il essaie «d’être le plus disponible possible pour les étudiantes et les étudiants, et de les amener à réfléchir aux problèmes sous différents angles».C’est avec plaisir que le spécialiste de la physique des plasmas rejoint la salle de classe. «Grâce à leur motivation, les étudiantes et étudiants me rendent la tâche facile!» Enseigner n’est pas pour autant une promenade de santé. «Il est particulièrement compliqué de trouver le bon dosage entre les personnes qui ont de la facilité et qu’il ne faut pas freiner, et celles qui ont davantage de peine, donc qu’il ne faut pas perdre. Sans oublier qu’elles ont toutes des façons différentes d’intégrer et d’assimiler la matière.» Selon Christian Theiler, il est dès lors d’autant plus important de soigner les interactions humaines. «Je ne crois pas qu’on puisse apprendre en se contentant de regarder des vidéos. Il faut adopter une approche plus active et variée.»L’une des particularités de l’EPFL, c’est justement d’offrir «la possibilité de s’initier à l’utilisation de machines et de matériel très pointus à un stade précoce du parcours, tout en développant une base théorique et mathématique très approfondie des concepts fondamentaux», fait remarquer l’enseignant. «C’est assez unique pour un établissement de formation!» Ainsi, «la transition entre les études et le monde professionnel se fait de façon progressive et naturelle». Christian Theiler ajoute: «Au fond, c’est gagnant-gagnant, car la recherche menée au sein de l’institution est dynamisée et nourrie par l’apport de ces jeunes talents.»