De l'amour à la haine. Le grand responsable de la hausse du chômage chez les jeunes diplômés serait la multiplication par quatre du télétravail sur le continent américain, révèle une étude publiée le 1er juin par la Federal Reserve Bank of New York. Le travail à la maison dépasse largement l'éventuelle culpabilité de l'intelligence artificielle dont la popularisation grâce aux Chatbots conversationnels est postérieure à la crise de l'emploi.Une crise qui touche particulièrement la Gen Z, composés des enfants nés entre la fin des années 1990 et le début des années 2010. Déjà à 3,1 % en moyenne entre 2017 et 2019, le chômage est passé à 3,7 % entre 2022 et 2025 pour les diplômés universitaires de moins de 29 ans. Soit une hausse globale de 20 %. A l'inverse, les travailleurs de 29 ans ou plus connaissent même une légère hausse du taux d'activité avec un chômage de 1,8 % entre 2022 et 2025 contre 1,9 % avant le Covid.En France aussi, les jeunes actifs sont les plus touchés par le chômage. Un peu plus de 21 % d'entre eux n'ont pas d'activité contre seulement 7,9 % de la population active selon les chiffres de l'Insee publiés en février dernier.Le télétravail, la fausse bonne idéeLe travail depuis chez soi expliquerait jusqu'à 64 % de l'augmentation du chômage pour les jeunes diplômés. Pour arriver à ces résultats, les trois chercheuses en économie, Natalia Emanuel, Emma Harrington et Amanda Pallais, se sont basées sur les embauches d'une entreprise classée dans la Fortune 500, dont le nom n'a pas été précisé. Le constat est simple : lorsque la pandémie mondiale a poussé les locaux à fermer et les employés à travailler depuis chez eux, l'entreprise a préféré recruter des travailleurs expérimentés. Cette dynamique d'embauche a cessé dès lors que les bureaux ont pu rouvrir. Toutefois, pour des postes qui continuent d'être à distance, l'entreprise en question se détourne encore des profils juniors. La société n'a donc pas de problème à embaucher des jeunes de moins de 29 ans, à condition que ces derniers puissent se rendre sur place pour travailler et que le poste le permette. Selon les recherches, les entreprises associent le télétravail à des difficultés de communication et donc d'accompagnement. Pour faciliter la prise d'un poste qu'ils estiment devoir être plus autonome, les profils retenus sont ceux qui sont les plus aguerris. Cette tendance ne sera pas sans conséquence. Des recherches menées par American Economic Journal: Applied Economics, constataient en 2012 que plus l'entrée sur le marché du travail est longue après l'obtention d'un diplôme, moins les salaires sont élevés et moins la carrière sera ascendante. En France, le télétravail connaît une baisse. En un an seulement le nombre de jours télétravaillés par semaine est passé de 1,5 à 1,3. Une baisse illustrée par la décision en septembre dernier de Société Générale, de Free et de JCDecaux d'imposer la présence sur site de leurs employés quatre jours par semaine, contre trois jusqu'alors. Quelques autres bénéficesToutefois, le télétravail peut apporter d'autres bénéfices aux sociétés. Le 19 mai dernier, une étude de L'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) en partenariat avec le service statistique du ministère du travail révélait que les entreprises qui ont mis en place du télétravail au moment de la pandémie de Covid constataient aujourd'hui une "amélioration modeste mais réelle" de la productivité. Dans le détail, entre 2019 et 2022, une augmentation de 10 points de la part de télétravailleurs engendre une hausse de 0,7 à 1 point de la croissance de production. Toujours selon l'étude, la réduction de coûts liés à la location de bureaux n'explique pas entièrement cette augmentation. Toutefois, le télétravail semble être une science complexe. Dès lors que plus de 25 % des employés travaillent à distance, la tendance s'inverse.