Après le rapport Alloncle et la commission sur la neutralité de l’audiovisuel public, l’Arcom publie une étude sur l’impartialité de l’audiovisuel. Ses conclusions apportent des pistes apaisantes dans un contexte de crise. Bruno Lasserre (à droite) a présenté ce 1er juin les résultats de son étude commandée par l’Arcom sur l’impartialité de l’audiovIsuel public. Photo Xose Bouzas/Hans Lucas Par Romain Colas Publié le 01 juin 2026 à 18h21 Un audiovisuel français jugé globalement impartial, un peu plus orienté à gauche pour les médias publics, à droite pour les privés… Les résultats de la nouvelle étude de l’Arcom sur la perception des Français de leur télévision et de leur radio tranchent avec l’ambiance de guerre larvée qui règne actuellement au sein du PAF — entre France Télévisions et Radio France d’un côté, qui tentent de répondre à de multiples attaques, et les médias Bolloré de l’autre, qui remettent régulièrement en question le fondement même de leur existence, tout en questionnant leur impartialité. Cette dernière notion et sa traduction concrète au quotidien ne semblent pas toujours claires aux yeux de tous. Bruno Lasserre, ancien vice-président du Conseil d’État, a formulé auprès de l’Arcom plusieurs axes d’amélioration, rendus publics lors d’une conférence de presse. Alors qu’une partie de la droite et de l’extrême droite tente d’imposer l’audiovisuel public comme thème de campagne de l’élection présidentielle, dans le sillage du rapport Alloncle, l’Arcom nuance l’urgence du sujet. Plus de la moitié des Français n’ont pas d’avis sur la question de son impartialité, tandis qu’environ un tiers estime en revanche qu’il est orienté, avec en tête des médias concernés France 2 (36 %), France Inter (34 %) ou France 5 (30 %). Un constat plus présent parmi les fidèles des chaînes publiques, où ce score d’impression de parti pris grimpe à 40 % pour France 2 et 41 % pour France 5. C’est à la radio que cette évolution paraît plus sensible : 58 % des auditeurs de France Inter et 57 % de ceux de France Culture affirment que l’antenne est orientée. Mais seulement 15 % environ des aficionados du service public — comme des Français en général — expriment une gêne dans ce manque perçu d’impartialité. Si le constat est sensiblement le même pour les médias privés, trois chaînes se démarquent : TF1 (43 %) et BFMTV (44 %), mais surtout — et sans surprise — CNews, que près de la moitié des Français (48 %) jugent partisane. Ce score monte même à 63 % auprès de son public régulier, loin devant BFMTV (49 %) et LCI (47 %). Dix-sept propositions Cette orientation, de nature politique, diffère au sein de l’audiovisuel. Les médias publics seraient plutôt marqués à gauche pour, en moyenne, 15 % des Français. Côté privé, le parti pris pencherait plutôt à droite — CNews en tête donc — pour 39 % des interrogés, soit 17 points de plus que pour BFMTV. Pour Bruno Schmutz, directeur des études et de la prospective de l’Arcom, cette impression de partialité passe par la perception de « l’image générale des marques médias avec leur réputation, leur histoire, le discours social ambiant sur ces antennes ». Mais aussi, évidemment, par « le choix et le traitement des sujets, poursuit-il. Les individus sont sensibles à des microsignaux qui vont forger leur opinion, comme le haussement de sourcils d’un présentateur lors d’un entretien ou le choix des mots pour une actualité ». Plus qu’à un clivage gauche / droite, les Français semblent repérer une fracture sociologique et culturelle, entre le peuple et les élites. S’agissant en particulier de l’audiovisuel public, la majorité de la population juge ses programmes rassembleurs, même si près d’un tiers d’entre eux considère par exemple que le 7/9 de France Info et La grande matinale de France Inter s’adressent à un public d’initiés. Neuf interrogés sur dix attendent surtout des médias qu’ils distinguent clairement les faits des opinions pour assurer l’impartialité. En priorisant une présentation objective de l’information, puis un traitement équitable et pluraliste des différents courants d’idées. À ces conditions s’ajoutent les notions d’indépendance vis-à-vis des pouvoirs économiques et politiques, et de transparence sur les conditions d’exercice du travail journalistique (sources, pratiques, méthodes…). Un “contrat d’écoute” à Radio France « L’impartialité est une évidence silencieuse », a ainsi résumé Bruno Lasserre, chargé par l’Arcom d’une mission sur l’impartialité de l’audiovisuel public — cette dernière avait été lancée en septembre dernier à la suite de l’affaire de la vidéo volée de Thomas Legrand-Patrick Cohen avec des cadres du Parti socialiste. Au terme de ses six mois de travaux, il définit le principe d’impartialité comme étant « la condition essentielle, non seulement pour répondre aux attentes du public […], mais aussi pour créer la confiance nécessaire à l’égard du service public ». Face aux médias privés, « l’audiovisuel public ne doit pas être un média de combat, mais un lieu de débats, sans en être lui-même un des acteurs ». Une ambition qui ne se veut pas punitive, mais doit permettre de se différencier de ses concurrents du privé. Bruno Lasserre met sur la table dix-sept propositions pour améliorer ce contrat de confiance avec les Français. Il souhaite que soit inscrite dans les cahiers des charges des médias publics l’exigence d’exemplarité et d’un devoir de réserve pour les responsables éditoriaux et les présentateurs. Mais également la création et la publication d’une charte éditoriale sur laquelle pourrait reposer le traitement des plaintes des téléspectateurs. Le rapporteur vise aussi à consolider le rôle du comité relatif à l’honnêteté, à l’indépendance et au pluralisme de l’information et des programmes (Chipip) et des médiateurs, et à mieux structurer leurs relations avec les conseils d’administration. Souvent accusée de passivité, l’Arcom devra jouer un rôle plus actif de garantie et de contrôle. Plus symboliquement, il suggère aux médias de mieux distinguer les cases d’information et d’humour, notamment dans les matinales radio. À lire aussi : France Télévisions étudie trois scénarios de transformation radicale, à la demande du gouvernement Dans les six prochaines semaines, l’Arcom va donc mener, avec les groupes publics et le ministère de la Culture, une série de consultations pour traduire concrètement ces propositions. La ministre de la Culture, Catherine Pégard, a précisé au Monde l’instauration en septembre par décret du baromètre annuel public sur l’impartialité. La pdg de Radio France, Sibyle Veil, qui assistait à la présentation de l’étude et du rapport, a annoncé la publication d’un « contrat d’écoute » pour la rentrée afin d’instaurer « un dialogue plus étroit avec les auditeurs ». Une mesure venue, décrit-elle, du constat de l’existence « d’incompréhensions, de confusions entre neutralité / impartialité / pluralité, voire des manipulations sur ce sujet comme on l’a vu ces derniers mois ». Son homologue de France Télévisions, Delphine Ernotte Cunci, également présente, a vu dans le discours de Bruno Lasserre « un baume au cœur après six mois catastrophiques », faisant référence à la période inquisitoriale de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public. Elle s’est montrée résolument optimiste, assurant qu’« on ne pouvait pas rêver meilleure conclusion de cette séquence ». Société CNews Médias France Inter France Culture Audiovisuel public BFMTV Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus