Hantée par la mort de sa mère, survenue lorsqu’elle n’avait que huit ans, Leonor quitte Mexico pour s’installer à Montréal, dans l’espoir de comprendre ce qui a brisé celle qui lui a donné la vie. Dès les premiers jours, elle se présente à la porte d’une compagnie de danse contemporaine dirigée par Ariane, une chorégraphe exigeante qui attend de ses danseurs un abandon frôlant l’abnégation.Lorsque cette dernière voit Leonor danser, elle accepte de l’héberger temporairement et l’invite à se joindre à la troupe. Inspirée par la douleur qui traverse sa recrue, Ariane décide de remonter Oraison, pièce mythique chorégraphiée trente ans plus tôt… pour la mère de Leonor. Alors qu’elle intègre peu à peu les gestes et les pas, Leonor voit son corps se disputer sa souveraineté avec les fantômes de son passé, et se dissoudre dans les blessures de sa lignée.Pour son premier long métrage de fiction, la réalisatrice franco-espagnole Laetitia Demessence propose une expérience hybride et complexe, à la croisée du drame réaliste, du film expérimental et de la danse contemporaine qui, malgré de nombreux points forts thématiques et formels, s’emmêle parfois un peu les pinceaux.
On retiendra d’abord le talent manifeste de la cinéaste pour la composition d’images. Des scènes les plus intimes — au lit ou dans la baignoire — aux plans les plus grandioses — on retiendra notamment l’envolée d’une robe noire entre les montagnes du volcan Popocatépetl, au Mexique —, chaque plan s’offre à la contemplation à la manière d’un tableau, porté par une trame sonore immersive et réfléchie.Les portions dansées, également magnifiques, font la part belle à l’importance du ressenti dans le corps — la posture, la façon de se mouvoir, l’amplitude du geste. En laissant son approche naturaliste se teinter de moments de décalage avec le réel, Laetitia Demessence offre également une incursion sensorielle dans l’univers parfois abscons de la danse contemporaine, à travers les émotions, les rencontres et les souvenirs qui deviennent moteurs de création.La trame foisonnante et ambitieuse, qui s’intéresse notamment à l’héritage créatif, aux traumas intergénérationnels et à la guérison par l’art, peine toutefois à trouver son erre d’aller. Les touches impressionnistes, bien que splendides, affaiblissent ici la portée du drame intimiste avec lequel se bat la protagoniste, qui demeure par conséquent en surface.En choisissant des interprètes majoritairement issus du milieu chorégraphique, la cinéaste s’appuie majoritairement sur un jeu physique et ancré dans le corps qui renforce sa démarche formelle, mais nuit parfois à la profondeur émotionnelle du récit. Les interprètes principales — la danseuse professionnelle Diana León et la chorégraphe Louise Bédard — sont également desservies par l’opacité narrative de leur personnage, qui limite plus l’amplitude qu’elle en offre au drame. Un projet ambitieux, mais inachevé.










