Publié le 28/05/2026 17:49

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A contre-courant de la plupart des pays européens, l'Espagne de Pedro Sánchez mise sur les étrangers pour combler son manque de main-d'œuvre et soutenir sa croissance. Exemple à Sigüenza, au nord de Madrid, dans une région parmi les plus dépeuplées du pays, où s'est rendu "Envoyé spécial".

A Sigüenza, une commune de 3 000 habitants au nord de Madrid, la seule boulangerie est celle d'Irene. Parmi ses employés, Tatiana et Margaret viennent du Honduras, Ana de Colombie, Mariana du Salvador, d'autres du Venezuela, du Mali, du Sénégal, du Maroc, du Pérou... Amadou, l'un des piliers de l'équipe, est gambien. Après des emplois saisonniers dans la cueillette des fruits, il a trouvé facile le métier de boulanger, qu'il exerce depuis sept ans. Et il parle maintenant couramment l'espagnol."Des boulangers espagnols, c'est impossible à trouver, 90 % des CV que je reçois sont ceux de candidats étrangers, explique Irene. Sans ces gens, on n'aurait jamais pu se développer autant." En dix ans, elle est passée de 3 à 28 salariés, dont 19 étrangers régularisés, soit deux tiers de son effectif. Et grâce aux boulangers étrangers qu'elle a formés, elle fournit aujourd'hui une dizaine d'établissements dans la région.Depuis l'arrivée de ces travailleurs, c'est toute la petite ville qui revit. Sa population était vieillissante, l'exode rural l'avait vidée... aujourd'hui, 20% de ses habitants sont des étrangers. Ils trouvent ici des loyers abordables ou sont parfois logés par leurs employeurs. En plus de son salaire de 1 500 euros net, Amadou a ainsi son propre appartement de fonction, un trois-pièces où il vit "très bien", contrairement à ses connaissances "qui travaillent mais galèrent pour se loger ou sont obligés de partager leur appartement à plusieurs". Tout serait parfait si sa femme Kadjatou pouvait le rejoindre – ce qui est envisageable depuis qu'il a signé un CDI et peut subvenir à ses besoins. En attendant, Amadou passe son temps libre avec les amis qu'il s'est faits ici, des Marocains employés dans des entreprises du bâtiment avec qui il discute en espagnol.A contre-courant de la politique migratoire de la plupart des pays européens, l'Espagne de Pedro Sánchez a choisi d'ouvrir la voie à la régularisation de 500 000 sans-papiers, par décret faisant suite à une pétition citoyenne. Ce pays au taux de fécondité le plus faible d'Europe mise sur les étrangers pour soutenir sa croissance. Un mois après le lancement de ce plan exceptionnel de régularisation, 550 000 migrants sans papiers ont déjà soumis leur dossier. S'ils obtiennent tous le statut légal, le nombre de travailleurs étrangers en Espagne s'élèvera à 4 millions.Extrait de "Espagne : des papiers pour tout le monde ?", un reportage à voir dans "Envoyé spécial" le 28 mai 2026.> Les replays des magazines d'info de France Télévisions sont disponibles sur le site de franceinfo, rubrique "Les émissions".