Un vote « symbolique » avant l’ouverture du sensible dossier des réparations ? L’Assemblée nationale française a unanimement approuvé jeudi l’abrogation du « Code noir » et l’ensemble des textes ayant réglementé l’esclavage dans les colonies françaises, jamais formellement abrogés après 1848.Les 254 députés présents, issus de tous les groupes politiques, ont soutenu la proposition de loi. Elle vise l’abrogation de ces édits royaux datant des XVIIe et XVIIIe siècles.Ces textes faisaient notamment des personnes esclavagisées des « êtres meubles » susceptibles d’être acquis par un maître au même titre qu’un bien, ou instituaient des sanctions en cas de fuites — oreilles coupées, marquage au fer de lys, jusqu’à la peine de mort.« Blessures de l’histoire »Vingt-cinq ans après la loi Taubira reconnaissant la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité, le rapporteur Max Mathiasin (Guadeloupe, Antilles françaises) a appelé à « poser un acte puissant de mémoire, de justice et de reconnaissance », même s’il ne pourra « solder seul les blessures de l’histoire ».Ému aux larmes après le vote, il a salué « un pas supplémentaire, un hommage aux hommes et aux femmes, aux enfants mis en esclavage », enlacé par des collègues députés venus à sa rencontre au bas de l’hémicycle.Le Code noir « n’a plus d’effet depuis longtemps, mais son empreinte et son poids sont toujours là », a aussi soutenu la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou, appelant à « sortir de notre droit un texte indigne ».Les débats ont largement tourné autour de l’histoire esclavagiste et coloniale française, et des effets visibles aujourd’hui à travers les inégalités persistantes entre les outre-mer et l’Hexagone, et les discriminations subies par les personnes noires.« Que signifie abroger le Code noir en 2026 […] si les Outre-mer continuent d’être regardés depuis Paris comme des périphéries lointaines ? », a lancé à la tribune Emeline K / Bidi (Réunion, groupe communiste).L’écologiste Steevy Gustave a aussi ému l’hémicycle, évoquant la voix tremblante les souvenirs partagés par son « arrière-grand-mère Maman Bébelle ».« Elle était la petite-fille d’Ambroise Zerambe, né en Afrique, puis réduit en esclavage sous le matricule 336. Aujourd’hui, son arrière-petit-fils se tient debout devant vous, député de la République française ».Et plusieurs parlementaires ont souligné ou critiqué le fait que le débat se déroule non loin d’une statue de Jean-Baptiste Colbert, artisan principal du Code noir de 1685, érigée devant l’Assemblée.