De 2010 à 2014, Hubert Caron-Guay a fait ses premières armes au sein du collectif Épopée, un groupe d’action en cinéma qui produit des documentaires, des fictions et des projets mêlant art et activisme, en collaboration notamment avec des travailleurs du sexe et des personnes en situation d’itinérance.Cette expérience transformatrice l’a mené à consacrer son cinéma à la précarité, à la marge et aux mécanismes de survie physiques, sociologiques et émotionnels que doivent mettre en œuvre au quotidien ceux qui habitent cette marge. En 2017, il réalise Destierros, un documentaire sur les migrations en Amérique latine, puis il s’intéresse à la précarité partagée entre les êtres vivant dans le contexte des abattoirs porcins dans Ressources (2021).Ces projets, portés par des rencontres humaines et bouleversantes, ont influencé La mécanique des frontières, le tout premier film de fiction du réalisateur montréalais originaire de la Beauce. « J’avais envie d’explorer plus en profondeur l’intériorité de ces personnes qui s’effacent parce qu’elles ne sont pas en mesure de s’enraciner quelque part ou d’identifier leurs besoins pour forger des liens durables. »Inspiré par une traversée des États-Unis, en route vers le Guatemala, réalisée l’année de ses 19 ans, Hubert Caron-Guay avait au départ l’idée d’un road movie. L’écriture du scénario, à laquelle s’est jointe la scénariste Sophie B. Sylvestre, a toutefois exigé près de dix ans de travail. « En construisant le récit, j’ai vite compris que c’était difficile de mettre en scène des personnages qui ne sont pas capables de nommer ce qu’ils vivent et ce qu’ils ressentent. Je voulais être à la hauteur des protagonistes, et non créer une hiérarchie avec un réalisateur qui souligne à gros traits ce qui doit émerger de l’observation et de l’écoute attentives. Je voulais que leurs corps portent la charge d’un passé qu’on ne dévoile pas, parce que personne ne parle de son histoire dans les conversations de tous les jours avec ses proches. Pour moi, c’était une question d’honnêteté envers les gens que j’ai croisés et qui m’ont inspiré ces personnages. »