Publié le 26/05/2026 20:00

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Yaël Braun-Pivet revient sur la dissolution de l'Assemblée nationale décidée par Emmanuel Macron. La présidente de l'Assemblée raconte comment le chef de l'État l'a "informée" et non "consultée". Et se souvient du sentiment de "trahison" ressenti par nombre de macronistes.

Dans un entretien accordé au podcast "Dans les yeux d'Agathe" présenté par Agathe Lambret, Yaël Braun-Pivet, présidente de l'Assemblée nationale, revient sur l'un des moments les plus douloureux de sa carrière politique : la dissolution de l'Assemblée nationale décidée par Emmanuel Macron le 9 juin 2024, qui reste pour elle "un mystère". Au moment où le président annonce qu'il va délencher l'article 12 de la Constitution à quelques poids lourds de la majorité stupéfaits, elle comprend que la décision a en fait été longuement réfléchie en amont. "Ce que je crois déceler, c'est que la décision était prise avant même les résultats [des élections européennes] et que ce n'est pas quelque chose qui a été impulsif, que ça a été discuté et échangé avec certains", confie la présidente de l'Assemblée nationale.Selon Yaël Braun-Pivet, Emmanuel Macron l'a informée sans la consulter véritablement, comme l'y oblige pourtant la Constitution. "C'était plus une information qu'une consultation, raconte-t-elle en remontant le fil de cette réunion à l'Elysée. Je demande alors à avoir un échange avec lui. Je lui dit : la Constitution vous impose de consulter la présidente de l'Assemblée nationale que je suis. Et il me répond du tac au tac : 'Mais c'est ce que je suis en train de faire'. Et je lui dis : non, ce n'est pas la consultation prévue par la Constitution, je veux que cette consultation ait lieu." Le président termine le tour de table et lui propose de sortir pour discuter.Le tête-à-tête a lieu dans le jardin de l'Elysée. Yaël Braun-Pivet tente alors de convaincre Emmanuel Macron de renoncer à la dissolution. Elle argumente, lui dit que c'est "une erreur", lui présente une alternative : construire une coalition avec Les Républicains pendant l'été, puis nommer un nouveau gouvernement en septembre qui porterait cette alliance politique. Et ne procéder à la dissolution qu'en septembre, si les négociations échouaient. Ses arguments n'ont pas convaincu le chef de l'État."Emmanuel Macron me dit qu'il n'y croit pas du tout, qu'il vaut mieux profiter de ce moment là afin de prendre tout le monde par surprise, d'organiser des élections rapides", rapporte Yaël Braun-Pivet. "Il était très sûr de lui, poursuit-elle. Au moins, je suis peut être la seule en France à avoir la chance de pouvoir lui dire ce que je pense avant qu'il n'annonce ces mots fatidiques à la télévision." Peu après 20 heures et l'annonce des résultats des élections européennes, ce 9 juin 2024, Emmanuel Macron s'adresse aux Français et déclare dissoudre l'Assemblée nationale.Au-delà de la décision politique elle-même, c'est ce qu'elle a ressenti comme un manque de considération qui a blessé Yaël Braun-Pivet. "Ce qui m'a le plus heurté, c'est le fait qu'en tant que figure de la majorité et bonne connaisseuse de l'Assemblée nationale, il ne m'ait pas intégrée dans son processus décisionnel. Ça voulait bien dire qu'en fait, finalement, il me considérait pas du tout comme faisant partie de sa majorité. J'avais le sentiment que j'étais quantité négligeable."Yaël Braun-Pivet s'était lancée en politique en 2017, séduite par le projet En marche. Elle devient députée, présidente de la commission des lois. Réélue en 2022, elle devient présidente de l'Assemblée nationale. "En fait, on ne me calculait toujours pas malgré deux ans de présidence de l'Assemblée nationale. Ça, c'est c'est blessant, c'est super douloureux. Tout s'arrête du jour au lendemain, à la seconde." Au-delà de son cas personnel, c'est toute la majorité qui subit le couperet, élus comme collaborateurs. "Ils se sont sentis trahis par leur propre chef. Finalement, il y a eu un sentiment de trahison et puis un sentiment aussi de mépris", conclut-elle, résumant le malaise profond qui a traversé les rangs de la majorité présidentielle suite à cette dissolution surprise. "Vous faire jeter comme ça en une seconde, c'est très violent par rapport aux sacrifices qu'implique la politique."