Longtemps considéré comme incontournable, le départ des Outre-mer pour poursuivre ses études ou sa carrière n'est plus une fatalité. De nouvelles opportunités émergent sur les territoires, attirant des jeunes ultramarins de retour au pays.L'idée persiste dans les esprits : pour réussir, il faut partir en Hexagone ou à l'étranger. Cela semble être le seul chemin possible pour poursuivre ses études ou bâtir une carrière. Pourtant, cette conviction s'érode progressivement. De plus en plus d'exemples concrets démontrent que rester sur son territoire peut mener au succès, et que les opportunités se multiplient sur place.L'incroyable talent de Lisa Marsal, la Guyanaise de 25 ans qui habille déjà les starsLisa Marsal incarne cette nouvelle génération qui choisit de rester dans son péyi. À 25 ans, cette créatrice de vêtements vit de sa passion sur sa terre natale : "Je suis née, j'ai grandi, j'ai fait toute ma vie en Guyane. Et pour moi, voir que depuis cet endroit, j'arrive à réaliser mes rêves, ça n'a pas de prix", confie-t-elle.Son parcours l'a menée au Canada pour des études en design de mode. Malgré l'isolement initial, elle a trouvé cette expérience profitable : "Comme j'étais en Amérique du Nord, c'est une autre façon de voir la mode et de fonctionner aussi, donc j'ai trouvé ça très enrichissant." Cependant, le marché nord-américain l'a convaincue que le retour était préférable. "J'ai remarqué qu'on était déjà énormément sur le marché. Tous les ans, il y a beaucoup d'étudiants qui sortent des écoles et qui ont envie de se lancer, donc c'est beaucoup plus difficile de faire des projets qui ont un impact."De retour en Guyane en 2021, en pleine pandémie de Covid, elle a commencé modestement : "Mes parents m'ont soutenue, ils m'ont aidé à faire mon petit atelier à la maison." Son travail a rapidement attiré l'attention. Elle a habillé des artistes comme Kalash, Tiitof, Charlie Black, Maureen et bien d'autres. L'histoire de sa collaboration avec Kalash illustre la puissance des réseaux sociaux : "Je me suis dit bon, je sais ce que je vaux, je vais faire un modèle et je le mets sur Internet. Je sais qu'il vient en Guyane. Si ça lui plaît, il me répondra et ça n'a pas loupé. J'ai posté peut-être quelques minutes après, il m'a tout de suite dit : "J'aime bien ce que t'as fait. Contacte ma femme, ma manager " et Lisa et Clara Kata se sont rencontrées.Lisa Marsal souligne l'importance des réseaux sociaux dans son succès : "Avec internet, c'est ce qui est bien. Il n'y a pas de frontières, il n'y a pas de limite. On peut commander en ligne ou par mail ce qu'il y a besoin pour pouvoir faire de la magie avec nos mains." Concernant la recherche de clients, Lisa Marsal insiste sur le rôle crucial de la communication : "Avec Internet, tout le monde a un smartphone, de nos jours, tout le monde est connecté, donc il suffit de faire beaucoup de communication. Maintenant, j'ai envie de dire la clé de tout commerce, c'est beaucoup la communication."Eric Judor, fier parrain d'une école de cinéma gratuite implantée en GuadeloupeParallèlement à ces initiatives individuelles, des structures institutionnelles émergent pour soutenir les talents locaux. Kourtrajmé Karaïbes, une école de cinéma basée en Guadeloupe, a ouvert ses portes en 2023. Une première école a d'abord vu le jour en Seine-Saint-Denis en 2019, créée par le Collectif Kourtrajmé. Le réalisateur Kim Chapiron est un des cofondateurs de cette formation au cinéma, qui a rapidement décidé d'étendre son action aux Caraïbes.Séverine Guims, co-fondatrice et directrice de l'école Kourtrajmé Karaïbes, explique sa mission : "Kourtrajmé Karaïbes est une école de cinéma basée en Guadeloupe qui forme et insère professionnellement des profils sous représentés."L'école bénéficie du soutien d'Eric Judor, qui en est le parrain, et de la réalisatrice Euzhan Palcy, présidente d'honneur.Eric Judor justifie son engagement : "Le fait de ramener des gens compétents sur le terrain en Guadeloupe pour former des jeunes qui ont envie de rêver, qui ont envie de travailler dans ce métier, c'est formidable." L'acteur souligne les obstacles que rencontrent les jeunes ultramarins : "Pour moi, ça reste un métier magique. Eh bien, ça peut être un rêve qui peut vite devenir un cauchemar, un chemin de croix quand on a pas de réseau, quand on est jeune, guadeloupéen. Parce que voilà, encore une fois, il y a peu de formation. Avant de faire ce métier, je ne savais pas ce que c'était de réaliser un film, je ne savais pas ce que ça impliquait comme compétence, ce que ça demandait comme savoir faire, etc. Donc déjà ça c'est une angoisse, et si en plus on doit faire 8 000 bornes et se loger et enfin tout ça, ça coûte de l'argent de vivre à Paris. Donc c'est mieux de faire le chemin inverse, de rester pas loin de chez soi et de pouvoir sans trop de stress suivre une formation, gratuite en plus."Il ajoute : "J'ai vu dans les auditions des choses extrêmement abouties ; franchement très talentueuses. On n'a pas à rougir de nos talents ultramarins quand c'est bien avec de la personnalité. À partir du moment où on a une identité forte et qu'il y a du talent, ça peut marcher partout."Alé viré, un soutien pour accompagner le retour en MartiniquePour ceux qui ont déjà quitté leur territoire et souhaitent revenir, l'association Alé viré en Martinique offre un accompagnement structuré. Fondée en 2018, cette association œuvre pour le retour au pays des forces vives.Stéphie Salpétrier, directrice de l'association, explique les origines du projet : "La première action de l'association a été de lancer une enquête qui a permis vraiment d'identifier les freins et les motivations au retour au pays. Huit Martiniquais sur dix vivant hors du territoire avaient ce projet de rentrer en Martinique." Cette découverte a donné une base solide à l'association. "L'objet de notre association, c'est vraiment de lutter contre le dépeuplement de la Martinique. Notre deuxième objectif, c'est justement de mettre en avant nos talents, nos atouts, tout ce qui nous rend fiers d'être Martiniquais", précise Stéphie.Elle-même a quitté la Martinique pour des raisons de formation, avant d'y revenir pour une reconversion professionnelle. "J'ai quitté la Martinique en 2011 parce que la filière d'études que j'avais choisie n'existait pas sur le territoire et qu'on nous a toujours vendu la France comme l'Eldorado, l'endroit où on va vivre et réussir notre vie. Ce qui est faux. J'ai pu me rendre compte très vite que non, l'herbe n'est pas plus verte ailleurs, elle est plus verte là où elle est arrosée, tout simplement."L'association accompagne les personnes dans leur projet de retour. "Lorsque nous accompagnons des profils dans le cadre de leur retour au pays, notre première question, c'est quel est votre projet professionnel, notamment en Martinique ? Soit le projet est déjà bien ficelé et dans ce cas là, on accompagne, on oriente vers les bons acteurs ou soit ils sont en pleine réflexion", explique Stéphie. Elle reconnaît cependant que le retour n'est pas simple : "Il ne faut pas se leurrer, le retour au pays, c'est quelque chose qui est quand même complexe. On a une phase d'adaptation, on a une grosse période aussi de doute. Et même une fois qu'on est rentré en Martinique : Est-ce que j'ai fait le bon choix ?"Malgré ces défis, l'association a accompagné 2 300 familles dans leur retour au pays. "On est très fier aujourd'hui", affirme Stéphie.Découvrez d'autres préjugés revisités par Chloé Desnel et MamaPaprika dans C'est pas c'que tu crois !Ce programme fait partie de l'offre Ultra Fiers, consacrée aux jeunes Ultramarins. Découvrez d'autres contenus ici.D'après une idée originale de Jonathan Politur - Présentation MamaPaprika et Chloé Desnel - Réalisation plateau Patrice Laidin - Une production Puzzle Média - Durée 26 minutes - 2026 Par Outre-mer la 1ère À lire sur le même sujet Mots clés de l'article Étudiants Jeunesse Famille Ultra Fiers Sur le même sujet Direct Opération No To Ratou Ananahi : poursuivre ses études, le tremplin pour assurer son avenir au-delà du quartierEntre décrochage scolaire et difficultés d’insertion professionnelle, de nombreux jeunes cherchent aujourd’hui leur voie. Pour tenter d’apporter des réponses et surtout redonner de l’espoir, l’opération No To Ratou Ananahi a été organisée à destination de la jeunesse du quartier de Vaitavatava a Papeete. Un événement pensé comme un moment d’échange, de motivation et de projection vers l’avenir, porté par des jeunes eux-mêmes issus du quartier prioritaire de Vaitavatava. Direct Formation infirmière en Guyane : l’Ifsi veut ouvrir une antenne dans l’OuestChaque année, l’Institut de formation en soins infirmiers (Ifsi) de Guyane attire de nombreux candidats. Entre études exigeantes, stages intensifs et manque de formations spécialisées sur le territoire, les étudiants doivent souvent envisager un départ hors de Guyane pour poursuivre leur parcours. Face à une demande croissante, l’Institut des formations en santé prévoit l’ouverture d’un Ifsi dans l’Ouest guyanais. Direct Restaurant universitaire : l'accès au repas à 1 euro pose problèmeDepuis le 1er mai, tous les étudiants, boursiers ou non, peuvent bénéficier de repas à 1 euro dans les restaurants universitaires grâce au système de paiement Izly. Une mesure présentée comme un soutien au pouvoir d’achat étudiant, mais qui suscite déjà de nombreuses critiques de la part des concernés, dénonçant un système contraignant. 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