Le cheval cabré s’apprête à franchir un cap historique avec sa première voiture 100 % électrique, mais aussi le premier SUV à 5 places. Prix estimé à 500 000 euros en 2027.Au niveau des symboles, Ferrari a soigné le lancement de sa première voiture 100 % électrique. Un séisme au royaume des V8 et V12 rugissants qui, toutefois, conservent leurs missions respectives, mais sous d’autres capots que celui de la « Luce ». Ce nom, préféré à la déclinaison alphanumérique de beaucoup de modèles thermiques ou hybrides, signifie « lumière » en italien. Ferrari le justifie en se servant de « l’électrification comme un moyen, et non une fin ». Il y a cependant une vraie révolution en marche avec ce design lisse comme un galet, évoquant même, vu du haut, une souris d’ordinateur.Et cette analogie n’est pas le fruit du hasard car la firme de Maranello, pour mieux trancher avec l’existant des modèles thermiques, a confié le design au studio LoveFrom de San Francisco, un collectif créatif fondé en 2019 par Jony Ive et le designer australien Marc Newson. Or, le premier n’est autre que le designer d’Apple, auteur des iPhone, iMac et autre iPad, ce qui transparaît très nettement dans les lignes consensuelles de la Luce et dans le mobilier très “high-tech” voire horloger pour les instruments de bord.Design épuré et maintien des boutons physiques confèrent une praticité et une élégance certaine à la Luce. DR Univers électrique certes, mais Ferrari avant tout avec des boutons physiques plutôt que des arborescences masquées derrière un unique écran géant façon Tesla. L’ouverture antagoniste des portes est une autre singularité et laisse éclater une finition aussi raffinée que technologique : aluminium anodisé recyclé, verre Corning® Gorilla® Glass et cuir haut de gamme. Le système audio d’exception, doté de 21 haut-parleurs et d’une amplification 24 canaux/3 000 W, intègre la signature sonore innovante Ferrari Audio Signature. Elle propose d’habiller les sensations de conduite par diverses « bandes-son » au choix pour restituer une ambiance propre aux sportives italiennes. Elle doit évacuer la frustration du conducteur qui regretterait le son du V12.1 050 chevaux et 5 placesLe constructeur de Maranello ne présente pas ce modèle comme une simple conversion technologique, mais comme une nouvelle définition de la performance italienne, pensée pour rester fidèle à l’idée de Ferrari tout en changeant de paradigme. Sur le plan technique, la Luce s’annonce comme un objet singulier, à mi-chemin entre grand crossover, GT surélevée et berline de luxe. L’architecture à quatre moteurs, deux par essieu, envoie jusqu’à 1 050 chevaux aux quatre roues motrices mais également directrices. Les technologies en œuvre sont issues de la compétition automobile et ont permis de limiter son poids à 2 260 kg, contribuant ainsi à des performances exceptionnelles (0 à 100 km/h en 2,5 secondes, 0 à 200 km/h en 6,8 secondes, vitesse de pointe supérieure à 310 km/h et puissance maximale de 1 050 ch) et une autonomie dépassant les 530 km.Les roues de 23 et 24 pouces faussent l'impression visuelle car la Luce est un grand SUV sportif DR Élément clé dans cet ensemble, la batterie haute capacité de 122 kWh repose sur une architecture haute tension de 800 V, avec une recharge rapide pouvant atteindre 350 kW. Ferrari a écarté une solution cell-to-pack, jugée trop exposée en matière de sécurité et de fiabilité, pour privilégier une intégration plus classique dans le châssis, avec 210 cellules réparties en 15 modules. Leur origine n’a pas été révélée à ce stade.Expérience de la compétitionLe véritable enjeu, toutefois, dépasse la fiche technique. Ferrari doit prouver qu’une électrique peut rester émotionnelle, donc désirable, dans un segment où le silence et la rationalité dominent souvent le discours produit. D’où le travail sur la mise au point châssis, la suspension active, le pilotage du couple roue par roue, d’une taille record (23 pouces à l’avant, 24 à l’arrière). Mais il y a surtout l’écueil de la sonorité, un fonds de commerce Ferrari qui a particulièrement travaillé cet aspect pour éviter l’effet de banalisation associé à nombre d’électriques hautes performances. Dans cette logique, la Luce n’est pas pensée comme une rupture avec l’univers Ferrari, mais comme une traduction moderne de ses codes.Cette transition s’inscrit aussi dans une lecture géostratégique du marché. Ferrari avance avec prudence, alors que l’industrie européenne subit la pression combinée des normes d’émissions, de la montée en puissance des constructeurs chinois sur l’électrique et des incertitudes sur la demande des très hauts de gamme. Maranello choisit donc une électrification sélective, destinée à préserver sa marge, son exclusivité et son pouvoir de fixation des prix, plutôt qu’un basculement industriel de masse. Au passage, cette première Ferrari à 5 places devrait éviter en France toute pénalité, notamment celles qui laminent sous le poids des taxes ses sœurs thermiques.Le plan stratégique confirmé par Ferrari est clair : en 2030, la gamme devrait se répartir à 40 % en thermique, 40 % en hybride et 20 % en électrique. Ce dosage dit beaucoup de la position du constructeur au moment où Lamborghini repousse encore l’échéance du tout-électrique. Pour autant, Ferrari ne renonce ni à ses V6, V8 et V12, ni à l’hybridation qui lui sert de transition, mais prépare une montée en puissance maîtrisée de l’électrique, dans un monde où la souveraineté technologique et la localisation des composants deviennent aussi importantes que la puissance pure. La Luce n’est donc pas seulement une nouveauté : c’est un signal stratégique autant qu’automobile.DR
Ferrari Luce: Maranello confronte son ADN à l’ère électrique
Le cheval cabré s’apprête à franchir un cap historique avec sa première voiture 100 % électrique, mais aussi le premier SUV à 5 places. Prix estimé à 500 000 euros en 2027.










