Plus que onze mois, à peine, avant l’élection présidentielle. Mais toujours pas de date fixée par l’Élysée. Les mauvaises langues commencent à se répandre pour remarquer que même sur ce sujet, peut-être surtout sur ce sujet, douloureux pour lui, Emmanuel Macron s’adonne à la procrastination.Sa marge de manœuvre est étroite, car encadrée par l’article 7 de la Constitution : « L’élection du nouveau Président a lieu vingt jours au moins et trente-cinq jours au plus avant l’expiration des pouvoirs du Président en exercice. » Celle-ci, en revanche, n’a rien de secret. Ce sera le 13 mai 2027. Il suffit de faire la soustraction…Ce flou entretenu par le chef de l’État participe, à la marge, du grand flou qui entoure la précampagne. Les Français, dans leur majorité, ne s’y intéressent pas du tout, préoccupés qu’ils sont par la situation internationale et ses conséquences très concrètes sur leur quotidien.Mélenchon, l’unique incarnation déclaréeToutefois, ce n’est pas la seule cause de cette indifférence quasi-générale. À l’exception de Jean-Luc Mélenchon, aucune incarnation certaine n’a encore émergé. Et cela n’aide pas.Pour ce qui concerne le Rassemblement national, il faudra patienter jusqu’après le 7 juillet, date de la décision du procès de Marine Le Pen devant la Cour d’appel. En attendant, le programme présidentiel élaboré par le RN recèle plusieurs zones d’ombre, dont la plus remarquable concerne les retraites.Jordan Bardella le reconnaissait d’ailleurs dans une interview accordée le 12 mai au Frankfurter Allgemeine Zeitung. Interrogé sur le retour à l’âge légal de 62 ans, doctrine officielle du parti, il a répondu ainsi : « Nous examinons actuellement cette question. » Ce serait bien, en effet, de trancher au plus vite cette question essentielle, mais il n’en sera rien avant le mois de juillet… au plus tôt.Pas de quoi « renverser la table » !À droite et au centre, trois candidats pour un fauteuil – Attal, Philippe, Retailleau – n’ont pour l’heure émis aucune proposition de nature à alimenter un débat de fond. Les deux premiers ont déclaré en fin de semaine dernière leur volonté de faire de l’éducation une priorité. Mais n’ont rien avancé d’innovant, encore moins de révolutionnaire.Le troisième entend remettre de l’ordre partout, mener une politique nataliste et promet aux électeurs de « ne plus subir ». Dans tous les cas, pas de quoi « renverser la table » !Au sein de la gauche mélenchoniste règne un désordre remarquable. Après la publication par le Parti socialiste d’un préprogramme très daté, façon 110 propositions de François Mitterrand en 1981, le seul objet de préoccupation semble être le départage des ambitions : primaire ou pas primaire, selon quel périmètre, etc. Plus indigent politiquement, tu meurs !Le seul argumentaire de tous ces prétendants, de Bruno Retailleau à François Hollande, consiste à expliquer qu’il ne faut à aucun prix un seul de second tour qui se joue entre deux candidats extrémistes, Marine Le Pen ou Jordan Bardella d’un côté, Jean-Luc Mélenchon de l’autre. Le répéter sur tous les tons, c’est prendre le risque d’en faire une prophétie autoréalisatrice. Alors, au travail !