Alors que la justice enquête sur 84 écoles maternelles, le deuxième procès sur une affaire de violences sexuelles dans le périscolaire parisien s’ouvre aujourd’hui.Tout a commencé trois semaines après la rentrée des classes de 2024. Noé*, 3 ans et demi, qui adorait l’école, s’est mis du jour au lendemain à ne plus vouloir aller à la cantine. Cela a duré des mois, mais sa mère, Sophie*, ne pouvait faire autrement que de l’y laisser. Elle savait, comme d’autres parents, qu’il y avait des problèmes avec certains animateurs du périscolaire de l’école Alphonse Baudin (Paris 11ème), une équipe majoritairement composée de vacataires. « Des enfants s’étaient plaints de cris et de gestes brusques, raconte Sophie. On avait également appris qu’un animateur se baladait seul dans les couloirs avec des élèves ». La direction des affaires scolaires (DASCO) avait été prévenue, fin septembre 2024. « Mais on était à mille lieues d’imaginer autre chose ! » La maman de Noé, ainsi que sept autres parents d’élèves de maternelle ayant dénoncé des faits d’agression sexuelle, se rendra au tribunal judiciaire de Paris, mardi 26 mai, pour ce deuxième procès du périscolaire parisien. Une audience qui devrait être publique, les parties civiles ne souhaitant pas demander le huis clos. Me Rebecca Royer qui, avec Me Hannah Kopp, défend six familles dans ce dossier, « espère que ce procès marquera un tournant dans la protection de l’enfance. Il faut sortir de l’émotion et prendre des mesures concrètes. L’école de la République ne peut pas devenir un lieu de prédation ! »Sur la vingtaine d’enfants ayant été entendus par la Brigade de protection des mineurs (BPM), seuls cinq témoignages ont été versés à la procédure. Par citation directe, les parents de trois enfants ont assigné le même animateur devant le tribunal correctionnel pour agression sexuelle sur mineur. David G. comparaît aussi pour harcèlement sexuel à l’encontre de deux collègues. Un « secret » à l’écoleLes parties civiles reprochent à cet ancien animateur, âgé de 36 ans, des gestes à caractère sexuel (caresses, bisous, « guilis sur les fesses », attouchements sur le « zizi »...). De nombreux enfants l’appréciaient, comme Noé, qui s’en est beaucoup voulu d’avoir révélé « des choses qu’il ne fallait pas répéter » à sa maman. Plusieurs enfants évoquent un « secret » qui les liait à l’animateur.Noé, cité par d’autres camarades, réitérera ses propos devant les policiers de la BPM. Le petit garçon raconte une histoire de « pain de glace », qu’on utilise pour soulager un « bobo », qu’il fallait aller chercher à la cantine, déserte après le déjeuner. L’animateur aurait trouvé ce prétexte pour être seul avec l’enfant. D’autres mineurs parlent de faits qui se seraient déroulés à la bibliothèque ou aux toilettes. « L’école est répartie sur trois étages avec une cour sur le toit et des recoins partout, cela a pu permettre des situations d’isolement », précise la maman. Ce qui a d’ailleurs été relevé dans une enquête administrative diligentée par la ville de Paris, dont le rapport a été présenté aux parents en décembre dernier. Recruté à la rentrée 2024-2025 pour compléter l’équipe, cet animateur vacataire - non titulaire du BAFA - est décrit comme « tactile » par une collègue, calme par une autre, et « parfois laxiste » par sa supérieure.Le trentenaire était très apprécié de plusieurs fillettes - dont certaines étaient appelées par des petits noms comme « ma chérie » ou « ma puce » - et avec qui il évoquait la Saint-Valentin. Une première alerte ignoréeDavid G. avait déjà fait l’objet d’un entretien de recadrage par sa responsable pour s’être retrouvé seul dans les couloirs avec un enfant. S’il était connu pour prendre des enfants sur les genoux, il n’avait jamais été remarqué pour des gestes déplacés. Pourtant, une première alerte avait été donnée par une mère d’élève de petite section, dès septembre 2024. L’enfant de 3 ans se plaignait d’attouchement sexuel de la part d’un homme, et les soupçons s’étaient portés sur David G., seul animateur masculin. « Une alerte balayée par la direction et le périscolaire, mais suffisamment prise au sérieux pour que l’on décide de déplacer l’animateur des petites sections aux moyennes sections », décrypte Me Rebecca Royer. À l’époque, aucun signalement n’a été fait ni par la direction de l’école, ni par les institutrices informées, ni par la responsable du périscolaire.Une première alerte ignorée des parents. C’est seulement en avril 2025, lors d’une réunion de crise à l’école, qu’ils apprennent qu’un animateur vient d’être suspendu pour des faits de nature sexuelle, suite au signalement du directeur. Ce dernier est cependant critiqué par des parents pour son inaction en 2024 et sa façon de se défendre.« Le fait qu’un directeur d’école ne soit juridiquement pas responsable de la sécurité des enfants durant le temps du périscolaire n’empêche pas de faire une information préoccupante ou un signalement en cas de besoin, ce qu’il aurait dû faire dès le mois de septembre 2024 », estime Me Royer.Le prévenu, lui, nie fermement les faits qui lui sont reprochés. Celui qui se dit journaliste indépendant, mais aussi réalisateur, scénariste et monteur, explique avoir choisi l’animation pour compléter ses revenus. Il exerçait dans plusieurs établissements du 11ème arrondissement. Sans antécédent judiciaire, il encourt jusqu’à dix ans de prison.*prénoms modifiés.