Julien BalboniJournaliste judiciaire / chef d'édition26 mai 2026Aujourd'hui à 06:02L'Organe de coordination pour l'analyse de la menace (Ocam) dévoile un net recul de la menace extrémiste et terroriste, au point d'envisager de diminuer son niveau d'alerte. La société y est-elle prête?Il y a deux mois, la Belgique commémorait un triste dixième anniversaire des attentats de Bruxelles et de Zaventem. Des actes qu'elle a vus venir de très loin, qui l'ont endeuillée, traumatisée, puis changée à jamais. Qui est aujourd'hui surpris de voir des militaires en rue, des portiques automatiques, des blocs de béton et des bâtiments publics transformés en bunkers, choses qui nous paraissaient si rares il y a une douzaine d'années? Plus grand monde, tant le terrorisme est parvenu à pénétrer nos crânes, à instiller la menace, à forcer le politique à agir en conséquence pour minimiser les risques et à ne pas être pris à défaut.Or, voici qu'aujourd'hui, dans son rapport annuel, l'Ocam, l'Organe de coordination pour l'analyse de la menace, annonce une diminution très importante - plus de 25% - du nombre de signalements de menace extrémiste et terroriste en 2025. Encore plus marquant: seuls 5% de ces signalements ont été considérés comme crédibles. Un chiffre qui a drastiquement baissé. Enfin, si la menace djihadiste reste la plus importante en Belgique, elle est en très net recul. Le directeur de l'Ocam considère que la nouvelle génération est bien moins religieuse que celle des années 2010 et que la radicalisation est bien moins forte et profonde qu'elle n'a pu l'être.En conséquence, l'Ocam envisage très sérieusement de diminuer son niveau d'alerte, de 3 (grave) à 2. Le retour à un niveau de menace moindre a des conséquences très concrètes sur nos vies quotidiennes, sur le nombre de policiers exigés dans les rassemblements, sur la sécurité, sur les contrôles d'identité et les fouilles.Sans la guerre en Iran, peut-être que cela aurait déjà été chose faite, pointe l'Ocam.Force est de constater qu'en 2024, les Belges ont sanctionné les partis de gauche et donné une prime aux partis qui ont fait campagne sur les thématiques de sécurité. Deux années plus tard, assistons-nous à un début de revirement, et sommes-nous prêts, en tant que peuple, à une détente sécuritaire? Ce que nous dit, en creux, le rapport de l'Ocam, c'est que le temps est peut-être revenu aujourd'hui à un desserrement de ces contraintes.Retrouver certaines libertés ne signifie toutefois pas que le temps de l'insouciance soit venu. Des menaces, il en existe et en existera toujours: preuve en est l'essor inquiétant de l'extrémisme nihiliste qui cible particulièrement la jeunesse. Le risque zéro, en revanche, est un leurre. Trouver le juste équilibre entre l'aversion au risque, conjuguée à un besoin d'être rassuré du citoyen, et sa demande légitime de liberté, s'assimile à un travail d'orfèvre.