Les organisateurs des « Enhanced Games », ces « Jeux améliorés » où le dopage est autorisé, nous promettaient une pluie de records du monde. Les visuels annonçant en grande pompe la nouvelle étaient prêts à être dégainés, tant sur les réseaux sociaux que sur leur site internet. Pourtant, sur ce dernier, une unique épreuve scintille en bleu, accompagnée de l’inscription « World Record », défilant de droite à gauche.Car pour leur première édition, qui s’est tenue ce dimanche 24 mai à Las Vegas (États-Unis) dans un format fortement réduit, les « Enhanced Games » sont passés à deux doigts du fiasco. Devant les 760 000 spectateurs cumulés sur YouTube – un maximum en simultané à 61 000 sur le direct –, il a en effet fallu attendre la dernière épreuve de la journée, le 50 m nage libre, pour qu’un record mondial tombe. En nageant en 20’’81 dans la piscine installée au pied du complexe hôtelier Resorts World, le Grec Kristian Gkolomeev a battu la marque détenue par l’Australien Cameron McEvoy de sept petits centièmes.Suffisant pour alimenter son compte en banque d’1,25 million de dollars (environ 1,073 million d’euros) en une course, soit le cumul des primes promises en cas de victoire associée à un « record ». Des guillemets, puisque le chrono de Gkolomeev n’est évidemment pas homologué. Car en plus de la prise tolérée et encadrée de produits dopants, les nageurs pouvaient porter des combinaisons intégrales en polyuréthane, interdites depuis 2009 dans les événements officiels tant elles avaient fait exploser les records en raison de leur flottabilité. Des performances loin des attentesEt même si le Grec s’est approché à deux dixièmes du temps de Pan Zhanle en 100 m nage libre (46’’60 pour Gkolomeev, contre 46’’40 pour le Chinois), et que le Britannique Ben Proud a frôlé le record en 50 m papillon (en 22’’32, soit cinq centièmes de plus qu’Andriy Govorov), les performances réalisées dans les autres épreuves et disciplines ont été bien moins glorieuses.À voir aussiC’est notamment le cas pour James Magnussen. Le nageur australien, premier athlète à avoir rejoint l’aventure « Enhanced Games » fin 2024, a totalement manqué son rendez-vous. Car celui qui avait promis de se charger « jusqu’à la moelle » ne s’est classé que 4e et bon dernier en 50 m et 100 m nage libre. Pourtant, le vice-champion olympique 2012 de la discipline n’avait pas fait les choses à moitié, loin de là, révélant lui-même avoir mélangé des molécules hormonales pour sa préparation.James Magnussen, ici en conférence de presse la veille des "Enhanced Games", a terminé deux fois 4e. (Etienne Laurent/AFP) Résultat, Magnussen avait subi une transformation physique ahurissante dès les premiers mois de sa cure, la balance grimpant alors à 114 kg. Bien qu’annoncé à 97 kg (3 kg de plus qu’un Gkolomeev) sur le site officiel de la compétition, ses fluctuations physiques ne l’ont vraisemblablement pas aidé à performer.Des vainqueurs… « non dopés » !Le dénouement est similaire en haltérophilie. Les masses levées dans le Nevada sont restées à bonne distance des marques actuelles, avec en moyenne 10 à 30 kg de moins sur la barre. En soulevé de terre, l’Islandais Thor Björnsson, célèbre pour son rôle de « la Montagne » dans la série Games of Thrones, n’a pas réussi à lever plus que 475 kg, loin de son propre record de 510 kg.Fred Kerley (à gauche), officiellement "non dopé", a notamment battu lors du 100 m le Libérien Emmanuel Matadi (à droite). (Etienne Laurent/AFP) En sprint aussi, les espoirs d’exploits ont vite été mouchés, d’autant que les vainqueurs, tant chez les hommes que chez les femmes, sont des athlètes « non améliorés », c’est-à-dire officiellement non dopés. Un beau pied de nez aux autres concurrents médicalisés, mais qui demeure à des années-lumière des records du monde du 100 m. Alors que la Barbadienne Tristan Evelyn (11’’25) a concédé 76 centièmes sur le temps de Florence Griffith-Joyner, l’Américain Fred Kerley a lui bouclé l’hectomètre en 9’’97, loin de son record personnel (9’’76) et, bien sûr, de l’intouchable record du monde toujours détenu par Usain Bolt (9″58).Des chronos qui s’inscrivent dans un ensemble de performances peu reluisantes, malgré la curiosité que suscitait un tel événement. À titre de comparaison, Ryan Zézé, champion de France du 100 m l’an dernier en 10’’25, se serait classé 3e des « Enhanced Games ». Et aurait empoché pas moins de 75 000 euros…
Un seul record battu, des « non dopés » sacrés, audiences faiblardes… Pourquoi les « Enhanced Games » sont un flop
Les « Enhanced Games », Jeux où le dopage est autorisé, ont frôlé le fiasco lors de leur première édition, ce dimanche 24 mai à Las Vegas. L












