Le « contribuable Donald Trump » va bénéficier de l’extraordinaire générosité du « président Donald Trump » pour effacer de possibles fraudes fiscales grâce à un tour de passe-passe financier dont il fait aussi profiter ses fidèles.S’il existait aux États-Unis un équivalent du PNF, le Parquet national financier, qui opère en France et pourchasse avec beaucoup de soin et parfois d’acharnement les moindres accrocs à la légalité de nos hommes politiques, celui-ci ferait à coup sûr ses délices de l’activité et du comportement de l’actuel président des États-Unis.Car la dernière affaire dont il est le responsable est à ce point incroyablement scandaleuse que deux policiers inconnus, parmi ceux qui se sont battus contre les manifestants voulant prendre le Capitole le 6 janvier 2O20, ont décidé de porter plainte contre le président des États-Unis : pour, disent-ils, « l’acte de corruption le plus éhonté du siècle ».L‘affaire est en effet énorme, même si, avec Trump nous avons été contraints de nous habituer à tous les excès et à toutes les dérives depuis qu’il est revenu à la Maison Blanche le 20 janvier 2025. On peut dire qu’elle se déroule comme une valse à trois temps, une valse de dollars évidemment.Tout commence par un contrôle fiscalPremier temps : janvier 2026. Donald Trump, en tant que contribuable et citoyen américain porte plainte contre l’administration fiscale, l’IRS, qui est évidemment placé sous sa responsabilité. Motif de cette plainte peu ordinaire : Trump a été lésé par des fuites à la presse sur un contrôle fiscal à propos d’un remboursement de 72,9 millions de dollars consenti par le Trésor public. Remboursement dont les inspecteurs des impôts avaient en effet découvert qu’il était indu. Et qu’il devait donc le rembourser, principal et intérêts.En revanche la fuite sur sa situation fiscale était bien réelle. Son auteur a d’ailleurs été condamné. Seulement Trump estimait que les révélations à la presse avaient porté atteinte à sa réputation. Et quelle atteinte ! Puisque cette entorse méritait que lui et sa famille demandent réparation à l’administration fiscale du préjudice subi pour… dix milliards de dollars. Rien que cela.Trump porte plainte contre son administrationDeuxième temps : compte tenu de la bizarrerie de la situation – un président portant plainte contre son administration – les avocats de Trump négocient avec les fonctionnaires des impôts sur lesquels, Trump a évidemment autorité. Miracle, un accord est obtenu et révélé par la Maison Blanche le 18 mai. Dans cet arrangement, le contribuable Trump accepte de retirer sa plainte contre l’administration Trump et en échange obtient que soit constitué, avec l’argent des contribuables américains, un fonds d’un milliard 776 millions de dollars. Pourquoi 1776 ? Parce c’est la date de l’indépendance américaine.Mais le plus intéressant est évidemment que ce fonds va servir à indemniser les Américains qui, sous la présidence de Joe Biden, ont eu à souffrir de ce que le président d’aujourd’hui appelle la « weaponisation » de la justice. Autrement dit son instrumentalisation politique. Une définition particulièrement vague puisqu’elle est totalement subjective et concerne aussi bien les centaines de manifestants qui ont été condamnés pour avoir fait l’assaut du Capitole que des hommes d’affaires amis du président qui ont eu des problèmes avec la justice pour des motifs divers. Donc des affidés du pouvoir.Précision importante : le choix des bénéficiaires des indemnités provenant du fonds sera fait par une commission de cinq membres désignés exclusivement par le ministre de la justice Todd Blanche, ce dernier n’étant autre que l’ancien avocat de Donald Trump.Et afin qu’il n’y ait pas le moindre doute sur les limites de la générosité présidentielle, le fonds ainsi constitué a une durée de vie limitée et ne pourra plus distribuer d’indemnité après le 1er décembre 2028. C’est-à-dire le jour où Donald Trump cessera ses fonctions.Une ristourne de 72,9 millions de dollarsTroisième temps : un jour après l’annonce de la constitution de ce fonds qui a déjà des allures de racket, la Maison Blanche publie un nouveau mémo. Celui-ci précise certes, que ni Trump, ni les membres de sa famille ne pourront se prévaloir d’une indemnité provenant du fonds créé, comme ce sera le cas pour tous les éventuels plaignants.En échange, et c’est là où l’affaire devient incroyable, l’IRS « est définitivement et irrévocablement empêché » de poursuivre Trump pour tous ses contrôles fiscaux passés. Dont la fameuse ristourne de 72,9 millions de dollars, dont les juristes estiment qu’elle pouvait amener le contribuable président à payer au fisc, amende et dommages et intérêts confondus, autour de 100 millions de dollars.La manipulation qui consiste donc pour le président des États-Unis à arroser ses fidèles sur un fonds public tout en obtenant une immunité fiscale totale pour tous ses revenus passés aurait dû, dans une démocratie normale, provoquer l’indignation du Congrès et peut-être des manifestations de protestation.Jusqu’à présent, il y a bien eu quelques condamnations de la plupart des démocrates, et des prises de position gênées de certains élus républicains qualifiant la démarche présidentielle « d’étrange et probablement sans précédent ». Mais on attend la levée de boucliers qu’aurait dû provoquer ce mélange des genres assorti pour Trump d’une confiscation à son profit et celui de ses amis des impôts des contribuables américains.Le seul à avoir sauvé l’honneur et osé manifester contre cette nouvelle preuve de la corruption de la présidence américaine est le principal juriste du Trésor. Il avait pourtant été nommé par Trump. Il vient de démissionner.