Le retour aux actionnaires se compose des dividendes et des rachats d’actions. En 2025, les entreprises du CAC 40 ont versé 73 milliards d’euros de dividendes et ont racheté 35 milliards d’euros de leurs actions, soit un total de 108 milliards d’euros de retour aux actionnaires. Ce chiffre doit être comparé au niveau des résultats nets (94 milliards d’euros en 2025) ou plutôt du résultat opérationnel (hors amortissements et éléments exceptionnels, tels que des dépréciations d’actifs) de 173 milliards d’euros en 2024.On voit que le retour à l’actionnaire consomme plus de 60 % des résultats bruts (des cashflows) des entreprises. Ce taux de retour pour l’actionnaire est à peu près stable depuis 2023. Pourquoi les grandes entreprises françaises consacrent-elles une partie importante de leurs résultats à rémunérer leurs actionnaires ?La première raison est qu’elles veulent doper le rendement de la détention d’actions pour leurs actionnaires, afin de le maintenir au-dessus du niveau des taux d’intérêt à long terme. La capitalisation boursière du CAC 40 étant de 2 670 milliards d’euros, le rendement (cumul du taux de dividendes et du taux de rachats d’actions rapportés à la capitalisation boursière) de la détention d’actions est de 4 %, alors que le taux d’intérêt à 10 ans est de 3,7 % aujourd’hui.Le CAC 40 détenu à 50 % par des non-résidentsBien sûr, le rendement total de la détention d’actions inclut les plus-values en capital liées à la hausse des indices boursiers, mais ces plus-values sont aléatoires et peut-être transitoires : le CAC 40 ne retrouve qu’en juin 2021 son niveau de juin 2000 - bien sûr il a progressé de 25 % depuis juin 2021, mais un retournement à la baisse est toujours possible, alors que les dividendes et les rachats d’actions sont du cash distribué aux actionnaires.La seconde raison est que les entreprises cotées à Paris sur le CAC 40 sont des entreprises internationales qui sont pour 50 % détenues par des non-résidents. Les entreprises françaises sont alors en concurrence avec les entreprises européennes et américaines pour attirer les investisseurs et la rentabilité des entreprises américaines est nettement plus élevée que celle des entreprises françaises. Conserver leurs actionnaires étrangers impose donc aux entreprises françaises de distribuer une part importante de leurs profits.Peut-on considérer que les entreprises françaises sont trop généreuses avec leurs actionnaires ? La vision optimiste d’un retour aux actionnaires élevé est qu’il permet aux actionnaires des grands groupes d’investir dans des entreprises en création, dans des startups au rendement potentiellement élevé. Mais on doit cependant s’inquiéter de deux évolutions. Un cercle dangereux en perspective ?D’abord, la baisse du taux d’investissement des entreprises (de 12 % du PIB en 2022 à 11,2 % du PIB en 2025, ce qui est à comparer avec un taux d’investissement de 14 % du PIB en 2025 des entreprises américaines) ; ensuite, la faiblesse des dépenses de recherche et développement des entreprises en France (ces dépenses représentent 1,5 % du PIB en France et 2,6 % du PIB aux États-Unis). On sait, en particulier depuis le rapport de Mario Draghi, que les entreprises européennes (et françaises) n’investissent pas assez dans la transition énergétique, dans le numérique et ne dépensent pas assez en recherche et développement.On ne peut donc s’empêcher de penser que les profits des entreprises auraient une rentabilité économique à long terme supérieure s’ils étaient investis ou bien finançaient de la R&D par rapport à la situation présente où ils sont majoritairement distribués aux actionnaires.Le risque est de plus celui du déclenchement d’un cercle dangereux : hausse des dividendes et des rachats d’actions, d’où hausse des indices boursiers ; volonté de maintenir le rendement pour les actionnaires rapporté à la capitalisation, d’où à nouveau hausse de la partie des profits qui finance le retour à l’actionnaire. On peut donc craindre que la volonté de retenir leurs actionnaires, en particulier étrangers, ne conduise les grandes entreprises françaises à sous-investir et à dépenser trop peu en recherche et développement. Et donc, finalement, à une baisse de la croissance potentielle.
Retour aux actionnaires : pourquoi les dividendes et les rachats d’actions augmentent-ils en continu ?
CHRONIQUE. Les grandes entreprises françaises versent davantage qu’elles ne gagnent en résultat net. Une générosité contrainte par la concurrence internationale, mais qui fragilise leur trajectoire de croissance.










