Roma Norte est un épicentre artistique. Le quartier huppé de la capitale mexicaine, couru pour ses adresses gastronomiques, possède un nombre incalculable de galeries. Il y en a même une… dans la rue. Là où d’autres vendent des tacos, Viernes Residente vend du café et des œuvres. Des multiples à 750 pesos (55 $).« Depuis des années, nous cherchons à démocratiser l’art. Nous ne faisons pas dans la spéculation, explique Carlos Zimbrón, cofondateur de Viernes Residente. Un kiosque de rue est le concept le plus démocratique qui soit. N’importe qui peut passer et acheter. »L’édicule, avec son mur d’œuvres et sa boîte de petits formats, est apparu il y a six mois, comme antenne d’un projet homonyme qui, sans être une galerie commerciale, soutient des artistes en développement. Le succès de Viernes Residente se mesure dans le fait qu’il est devenu un point de rencontre. Si ce projet se reproduit un jour, ce sera « là où peut se développer un tel esprit de quartier communautaire », avance Carlos Zimbrón.
Poumon culturel d’un pays qu’elle domine aussi par sa population (20 millions d’âmes en incluant la zone métropolitaine), Mexico n’est pas épargnée par l’embourgeoisement. Roma Norte, où les prix des logements a monté en flèche, en est le symptôme.Créateur conceptuel promu par des galeries étrangères, dont la belge Jan Mot, Mario García Torres peut affirmer vivre de son art. Or, il a fui Roma Norte. Pas pour aller bien loin : son atelier surplombe la grande avenue Reforma, à quelques minutes de marche du quartier embourgeoisé. « Je tiens à faire partie de la ville, à être un élément de plus. Je ne veux pas m’isoler », dit le natif de Monclova, dans le nord du pays.Comme beaucoup de gens interrogés en deux semaines, Mario García Torres a choisi Mexico pour y travailler, après avoir vécu à Los Angeles et développé un « langage étranger ». Ses projets, qui parlent de relations et d’influences, l’ont poussé à rentrer au Mexique, par « honnêteté », pour rester fidèle à ses valeurs. L’entrevue s’est d’ailleurs tenue devant un de ses tableaux qui redessine l’histoire de la musique et son réseau de correspondances.













