Les policiers en civil sont aux aguets. Les armes sont dissimulées sous les blousons mais les oreillettes sont bien visibles. Quand Amine Kessaci, entouré de ses gardes du corps, arrive dans le salon de l’Hôtel de Ville de Marseille, il ne passe pas inaperçu avec sa silhouette imposante.Autour de la mairie, située sur le Vieux-Port, face à la basilique Notre-Dame de la Garde, les policiers veillent car la menace, qui pèse sur le militant contre le narcotrafic et adjoint au maire Benoît Payan, est réelle. "Je sais que ma tête est mise à prix, concède Amine Kessaci, 100 000 euros, peut-être même 200 ou 300 000 ! Est-ce vraiment ce que je vaux ? Pour les narcotrafiquants, la vie se monnaie. Dans cette guerre de civilisation, on doit expliquer que la vie humaine vaut plus que de l’argent !"Après l’exécution de son grand-frère Brahim en 2020, victime d’un règlement de compte entre bandes rivales, après l’assassinat de son petit frère Medhi le 13 novembre dernier, pour lequel l’enquête est encore en cours, Amine Kessaci vit sous très haute protection policière. "Le dispositif de sécurité autour de moi ne me permet pas de vivre normalement. Boire un verre en terrasse, par exemple, n’est plus une chose qui me traverse l’esprit… Mais je n’ai pas le droit de me plaindre", assure-t-il.Les agents du Service de Protection, spécialisés dans la sécurité des personnalités menacées, l’accompagnent au quotidien. Le protocole est très bien huilé. Amine Kessaci se déplace dans un 4X4 blindé et change en permanence de lieu de vie. Mais le lanceur d’alerte, adjoint à la jeunesse et la citoyenneté à la mairie de Marseille, continue le combat, malgré les risques. "Je l’ai promis à mon petit frère, à la morgue. La peur n’est pas un sentiment qui m’habite."Hier militant, aujourd’hui élu, le jeune homme originaire de la cité Frais-Vallon dans les quartiers nord de Marseille est devenu une personnalité politique. Ces dernières années, il a rencontré à plusieurs reprises Emmanuel Macron, dans le cadre de la mise en place du plan "Marseille en Gran" pour lequel plus de 5 milliards d’euros ont été engagés. S’il admet des efforts sans précédents, il regrette que "l’Etat ne s’attaque pas de façon structurelle à l’emprise du narcotrafic dans ce pays". "Il faut recréer la police de proximité, recruter des magistrats pour aboutir à des condamnations", avance-t-il.Le président de la République s’était également engagé à lancer un débat dans l’espace public autour de la gestion des drogues et de la légalisation du cannabis. Il ne lui reste que quelques mois.Amine Kessaci, militant contre le narcotraficà franceinfoA l’échelle locale, Amine Kessaci qui vient d’être élu président de Marseille Habitat, le bailleur social de la ville, a un objectif : "Créer un dispositif unique en France, celui du dépaysement, pour sortir les jeunes des réseaux, et les accompagner sur le plan du logement et de l’emploi et aussi reloger les familles victimes du narcotrafic". Très loin de la politique voulue par la droite et l’extrême droite qui prônent des mesures radicalement différentes : l’expulsion pure et simple des familles de ceux qui trafiquent. "Une politique d’une lâcheté absolue", conclut-il calmement.