Située à un jet de pierre du Palais des festivals, l’église Notre-Dame-de-Bon-Voyage célébrait dimanche dernier une messe conviant le septième art. Du haut de la tribune, Valérie de Marnhac récitait une oraison cinéphile : « Rassemblés dans la diversité de nos traditions chrétiennes, au cœur de ce festival où se rencontrent les cultures, les regards et les récits du monde, présentons à Dieu nos prières pour l’Église, pour les artistes et pour toute l’humanité. »Chroniqueuse cinéma à Radio Notre Dame, station chrétienne diffusée en région parisienne et en Hauts-de-France, et animatrice d’un ciné-club étudiant, Mme de Marnhac s’exprimait dimanche à titre de coordinatrice du Prix du jury œcuménique du Festival de Cannes, qui récompense annuellement des œuvres illustrant « les valeurs de l’Évangile ».Si sa mission peut sembler éloignée des distinctions cinématographiques habituelles, le palmarès de cette instance s’est taillé une réputation enviable dans les cercles cinéphiles à l’échelle internationale. Car pour ce jury formé de six personnes (trois catholiques et trois protestants), qualités artistiques et valeurs humaines sont indissociables.« Le travail du jury œcuménique, c’est aussi de sortir des images toutes faites d’une église très moralisatrice, très fermée », ajoute celle qui a plongé à 45 ans, après deux décennies passées dans la presse financière, dans des études de cinéma à la Sorbonne.Certains films, inévitablement, cadrent moins naturellement avec les critères du jury, la controversée Palme d’or 2021 en étant un exemple des plus éloquents. « Ma fille me dit tout le temps : c’est simple, les films primés par le jury de maman, ça peut être tous les films sauf Titane », raconte Mme de Marnhac avec amusement.