La recharge à domicile des véhicules de fonction devient un enjeu stratégique pour les entreprises.Indispensables pour la transition énergétique du parc automobile, les infrastructures de recharge pour véhicules électriques (Irve) tissent leur toile un peu partout dans les sphères publique et privée. Au 4e trimestre 2025, il y avait 2,84 millions de points de charge disponibles en France : 56 % installés chez les particuliers, 37 % en entreprise et 7 % en voirie, stations-service et autres parkings publics. Cette offre a progressé dans l’ensemble de plus de 17 % sur un an et de 70 % en cinq ans. Le nombre de véhicules zéro émission a quant à lui atteint 1,73 million d’unités en 2026, avec une part de marché de 28 % à la fin mars, selon AAA Data. Ce qui fait un ratio confortable de 1,64 point de charge par véhicule électrique.Pour les entreprises, quelle que soit leur taille, le développement de solutions de recharge est plus que jamais une priorité, d’autant que la fiscalité sur les modèles thermiques les encourage à électrifier leur flotte au plus vite. Selon une étude d’Arval Mobility Observatory-Ipsos (mars 2025), 87 % des décideurs ont adopté une politique de recharge (charging policy) ou le feront dans le futur. Et 16 % d’entre eux misent sur une approche holistique « entreprise, itinérance et domicile ». Externaliser la rechargeReste que pour 77 % des conducteurs, la recharge s’effectue principalement à domicile, selon la dernière étude d’Enedis sur le comportement des particuliers. Ce chiffre atteint 84 % chez les personnes résidant en maison individuelle et 38 % pour celles qui vivent en immeuble. « La recharge à domicile pour les voitures de fonction est devenue un sujet prédominant pour les entreprises, surtout quand celles-ci n’ont pas la possibilité d’installer des bornes sur leurs sites », confirme Clément Molizon, délégué général de l’Avere-France, association de référence pour la mobilité électrique. Mais ce type d’équipement est soumis à conditions. S’il est relativement facile de déployer des points de charge en maison individuelle, cela reste plus compliqué dans les copropriétés et même impossible dans les immeubles dépourvus de parking. Le collaborateur doit en effet disposer d’un emplacement compatible avec l’installation d’une borne. Un prérequis qui peut d’ailleurs être source d’iniquité entre salariés, puisqu’un Français sur deux vit en immeuble collectif et que près d’un tiers des conducteurs de véhicules électriques habitant en logement collectif ne disposent pas d’un parking, selon Enedis.Pratique et économique, la solution de la recharge à domicile des véhicules de fonction est encouragée par les entreprises. DR Mais lorsqu’il est possible de brancher son véhicule chez soi, alors tout le monde y gagne. L’utilisateur peut être sûr de partir de chez lui tous les matins avec un véhicule rechargé pour se rendre sur son lieu de travail ou partir en mission. Et, pour l’entreprise, cette solution permet d’encourager ses collaborateurs à adopter le véhicule électrique, tout en leur confiant la mise en œuvre de la recharge. Pour le remboursement des dépenses d’électricité, l’employeur peut réaliser des économies grâce à la consommation au tarif de nuit, donc en heures creuses.Gérer les remboursementsCette option permet aussi d’éviter d’avoir à construire des Irve coûteuses sur site. « La recharge à domicile doit être pensée comme un complément et non comme une solution de repli, prévient Clément Molizon. Sinon, cela peut être une occasion manquée pour l’entreprise de développer une vraie stratégie énergétique impliquant la flotte, les parkings et les bâtiments de l’entreprise. A fortiori quand celle-ci est propriétaire de son domaine foncier et qu’elle peut donc investir dans des solutions d’avenir telles que les bornes, les panneaux solaires, les batteries de stockage, etc. »L’opérateur de recharge Swish, qui exploite 300 stations et 3 000 points de charge en Europe, observe en tout cas une forte demande pour les installations domestiques. « Aujourd’hui, les entreprises préfèrent déployer des bornes chez leurs salariés plutôt que dans leurs parkings, quitte à participer au financement des travaux jusqu’à 100 % si elles le souhaitent », constate Giulio Di Gennaro, directeur de Swish. D’autant qu’il existe aujourd’hui des solutions fiables pour le suivi et le remboursement des consommations d’électricité. L’entreprise assure notamment un service de gestion des flux économiques des bornes – dit de supervision –, avec des reportings personnalisables et des outils de traitement des données. « Notre système est capable de dissocier les sessions de recharge professionnelle et personnelle. Nous pouvons aussi plafonner les recharges, traquer les abus ou signaler une anomalie au gestionnaire de flotte. Ce suivi est particulièrement utile lorsque les collaborateurs rechargent leur véhicule plus souvent chez eux que sur le site de l’entreprise », poursuit le dirigeant. Il existe toutefois d’autres solutions plus simples pour le remboursement des recharges à domicile, notamment chez les télématiciens Casawatt et Voltaback. Ces deux start-up croisent en effet les données natives des véhicules avec celles d’Enedis issues des compteurs Linky. Un moyen de relever les kilowattheures (kWh) consommés par le collaborateur chez lui, sans risque d’erreur, et d’envoyer automatiquement la facture à l’employeur à la fin du mois.Green’up, Wallbox ou smart cableCôté équipements, plusieurs solutions peuvent être envisagées. Les prises domestiques standard (2 kW) ou renforcées – de type Green’up (3,7 kW) – ont l’avantage d’être peu onéreuses, mais leur faible puissance peut être un frein : une nuit complète de charge (douze heures) en 3,7 kW ne suffit pas à recharger intégralement une batterie de taille moyenne (50 kWh). À l’inverse, les bornes AC de type Wallbox délivrent entre 3,7 et 22 kW, ce qui raccourcit considérablement les temps de charge. En 7,4 kW par exemple – puissance recommandée pour ce type d’installation – la même batterie de véhicule pourra être entièrement rechargée en sept heures environ.En outre, les Wallbox sont généralement connectées et donc compatibles avec le pilotage intelligent de la recharge (smart charging). Elles offrent ainsi la possibilité de mesurer la consommation réelle selon un tarif négocié avec le fournisseur d’énergie, tout en distinguant usages personnels et professionnels. L’achat et l’installation d’une telle borne AC a toutefois un coût, de l’ordre de 2 000 euros, auquel s’ajoute généralement un abonnement de supervision auprès d’un opérateur de recharge (CPO).Troisième option : le câble connecté (smart cable), une solution nomade qui peut être transportée et utilisée sur n’importe quelle prise compatible. Ces câbles, proposés avec plusieurs types de prises (y compris de type 2 pour des recharges jusqu’à 22 kW), intègrent pour la plupart un boîtier connecté permettant de suivre les sessions de recharge et de transmettre les données de consommation à l’employeur ou à l’opérateur, en vue du remboursement.Le casse-tête de la propriétéAu-delà du choix du matériel, les entreprises doivent encore trancher la question de la propriété des bornes. Deux options s’offrent à elles : acquérir ou louer elles-mêmes les équipements installés au domicile de leurs salariés, ou bien laisser ces derniers en devenir propriétaires, en prenant en charge tout ou partie des frais d’acquisition et d’installation. Un véritable casse-tête pour les gestionnaires de flotte, notamment dans les situations de fin de contrat ou de déménagement des collaborateurs. Lorsque l’entreprise est propriétaire de la borne et que le salarié quitte ses fonctions, il faut en effet prévoir une faculté de rachat à un tarif défini à l’avance. Et si le salarié refuse ce deal, l’employeur doit organiser le démontage à ses frais, une opération qui peut s’avérer onéreuse.Pour éviter ces cas de figure, il peut être préférable de transmettre d’emblée la propriété au salarié. Le collaborateur conserve alors la jouissance de sa borne s’il quitte l’entreprise, mais la perd s’il déménage pour raison personnelle. En revanche, l’entreprise peut financer une nouvelle installation si un déménagement est prévu dans le cadre d’une mutation. Autant de situations qui doivent être anticipées et formalisées si possible dans la politique de recharge de l’entreprise (charging policy). De quoi éviter tout litige entre employeur et salariés.Les infrastructures de recharge pour véhicules électriques (Irve) en France185 501 points de charge ouverts au public1 063 058 points de charge en entreprise1 591 942 points de charge chez les particuliers.Chiffres issus du site Enedis Open Data et du baromètre de l’Association française des opérateurs de recharge pour véhicules électriques (Afor) pour le quatrième trimestre 2025.