Malgré un budget contraint, le maire de Montpellier veut garder le cap de la transition écologique et alerte l’État sur le sujet.Le backlash écologique des municipales n’entamera pas la transition écologique de Montpellier. C’est en tout cas ce que promet son maire fraîchement réélu, Michaël Delafosse. Bien qu’il se soit résolu à augmenter la taxe foncière de la métropole dès le début de son second mandat, le socialiste se refuse à sacrifier cette question sur l’autel de la rigueur. S’il renonce pour le moment à lancer une sixième ligne de tramway, il annonce vouloir poursuivre la décarbonation des transports, la rénovation thermique des logements et l’électrification des usages avec la mise en place de 640 bornes de recharge.L’édile, dont la ville est considérée par Enedis comme un laboratoire des énergies renouvelables, s’autorise même à donner quelques leçons au gouvernement qui a dégainé sa Programmation pluriannuelle de l’énergie avec trois ans de retard, mettant en péril selon lui un écosystème local de 170 entreprises et 4 500 emplois. « Faute de planification, nous nous sommes laissé dépasser par la Chine qui, elle, a garanti sa souveraineté énergétique. Chez nous, les gens attendent leur chèque énergie et les comptes flambent, alors qu’il faudrait massivement aider les collectivités à s’équiper et lancer des crédits innovation », martèle le maire, qui appelle à créer les conditions d’un retour à la croissance et à la prospérité économique. Loin de la « démarchandisation » prônée par une partie du PS.Le Point : Quelle place aura dans votre second mandat l’écologie qui n’a pas franchement été au cœur du débat municipal ?Michaël Delafosse : Nous sommes déjà l’une des villes les plus avancées sur la question en Europe. Nous avons ouvert une galerie cyclable sous le tunnel de la Comédie, rénové nos transports, qui sont gratuits, ouvert la plus grande centrale de géothermie sur nappe de France, à Cambacérès. Nous avons financé la rénovation thermique de 14 000 logements. Et nous continuons. Nous allons tripler les réseaux de chaleur, créer un office du pouvoir d’achat pour faire des commandes groupées de pompes à chaleur. Nous maintenons aussi les aides à la rénovation pour les propriétaires car cela valorise leur patrimoine et contribue à limiter les factures énergétiques des locataires.En même temps, vous avez augmenté la taxe foncière de la métropole de 0,16 % à 5,8 % ?Elle était inexistante et je ne touche pas à celle de la commune. Si je ne l’avais pas fait, j’aurais dû réduire drastiquement les services publics. Il faut être vigilant sur nos budgets. Je ne vais pas lancer la sixième ligne de tramway, ce ne serait financièrement pas sérieux et puis, les Montpelliérains méritent un peu de repos dans les travaux. Mais nous allons développer le réseau de bustram électriques. Nous devons aussi acculturer les professionnels de la construction à de nouvelles formes d’aménagement. Il y a des leviers. Plus Trump défiera l’accord de Paris, plus le maire que je suis sera engagé sur la question écologique.La métropole accueille plus de 8 000 nouveaux habitants par an. Comment concilier cette pression démographique avec la transition écologique ?Notre Plan local d’urbanisme intercommunal privilégie le réinvestissement urbain. Sur l’ancien site de Groupama Méditerranée ou la parcelle d’Union Matériaux, nous allons faire du logement en assumant une part de densité. Quand on réinvestit l’urbain, on en profite pour désimperméabiliser, comme sur les friches militaires de l’EAI qui se végétalisent. Nous allons continuer à être une ville soucieuse du droit au logement et qui pense ses espaces publics. L’écologie doit toujours être liée à la question sociale.Vous voulez faire de Montpellier une place forte sur les énergies renouvelables (ENR). Comment avez-vous accueilli le plan d’électrification du gouvernement ?La France est à la ramasse ! À Montpellier, nous avons l’écosystème ENR le plus important du pays, mais le retard sur la programmation pluriannuelle de l’énergie a failli le détruire. Il faut qu’on retrouve notre capacité à planifier. Ici, on n’a pas attendu les annonces de Sébastien Lecornu pour électrifier les usages. Mais l’État devrait aider massivement les collectivités, mettre en place des procédures accélérées sur la solarisation. La dette est acceptable sur ce sujet, parce que la sortie des énergies fossiles, c’est un impératif écologique et c’est la question de la souveraineté de la France, qui devrait être l’obsession de nos dirigeants. Si tous les maires avaient été réunis sur la question des bornes électriques, le chinois BYD ne serait pas leader mondial et on ne serait pas à l’aube d’un drame social pour notre industrie automobile.Vous retrouvez-vous dans les premiers projets du PS pour 2027 : celui de Chloé Ridel qui considère que la social-démocratie est dépassée et celui de Boris Vallaud sur la « démarchandisation » ?Je crois au service public, mais il faut le défendre tant dans son périmètre que dans son efficacité. Il faut qu’on ait des propositions là-dessus. Comme sur l’accès à la propriété, l’emploi de la jeunesse, l’IA, le financement de notre défense… Ensuite, il faudra un accord programmatique qui représente l’arc-en-ciel de la gauche de Raphaël Glucksmann à François Ruffin, en passant par François Hollande, Marine Tondelier, Yannick Jadot, Fabien Roussel. Moi, je ne suis candidat à rien mais je soutiendrai une candidature de rassemblement car la gauche, hors Mélenchon, ne peut avancer morcelée pour la présidentielle.
Montpellier - Michaël Delafosse : « La souveraineté énergétique devrait être notre obsession »
Malgré un budget contraint, le maire de Montpellier veut garder le cap de la transition écologique et alerte l’État sur le sujet.









