L’usine de la Janais n’est pas encore bonne pour la casse. Alors qu’ils se préparaient au pire suite aux rumeurs des dernières semaines, les 2 000 salariés du site rennais de Stellantis sont soulagés. Non seulement, l’usine ne sera pas vendue mais, en plus, elle devrait bientôt produire un nouveau véhicule, grâce au constructeur chinois Dongfeng. De quoi conserver des emplois régulièrement menacés sur ce site historique construit en 1961.Alors que le marché de l’automobile français est en berne, la bouée de sauvetage des Rennais vient donc de Chine. Dans le cadre d’un protocole d’accord, Stellantis et le constructeur chinois Dongfeng ont annoncé ce mercredi leur intention de créer une coentreprise basée en Europe dédiée aux activités de vente, distribution, production, achats et ingénierie des véhicules à énergies nouvelles de Dongfeng. Ce dernier souhaite pénétrer le Vieux continent où sa marque Voyah est inconnue du grand public.Cela passe par l’assemblage d’une de ses voitures 100 % électrique d’ici à 2028 à Rennes, qui ne manque pas de place pour l’accueillir. Un petit événement en soi car si le projet est définitivement validé, ce serait la première fois en France qu’une usine tricolore fabrique une voiture de marque chinoise.« Certains disent qu’on fait entrer le loup dans la bergerie mais on n’a pas le choix »Les représentants syndicaux des salariés ont appris la nouvelle mercredi matin lors d’un comité social et économique. « Cela va permettre de pérenniser les emplois et la filière automobile bretonne », souligne David Ruellan, responsable du syndicat CFTC. L’annonce du projet de production à Rennes « vient récompenser plusieurs années de transformation et d’adaptation, qui ont permis de positionner Rennes comme un site performant, agile et reconnu pour la qualité et l’engagement de ses équipes », se félicite quant à lui Guillaume Olivari, directeur du site Stellantis Rennes.Si le drapeau rouge aux étoiles jaunes ne flotte pas encore à côté du Gwenn Ha Du, l’étendard breton, c’est tout comme. Une délégation de Dongfeng a visité le site à deux reprises ces dernières semaines. « Les Chinois semblent vouloir aller vite », remarque Didier Picard, délégué CFE-CGC. « Certains disent qu’on fait entrer le loup dans la bergerie mais on n’a pas vraiment le choix, ajoute Laurent Valy, délégué syndical de la CFDT, syndicat majoritaire sur le site. Sinon, on fait quoi ? On attend et on meurt ? ».Le site breton était en surcapacité chroniqueLe site de La Janais n’est en effet pas en bonne posture. Il est même en surcapacité. Les salariés enchaînent régulièrement les périodes de chômage partiel. « On n’a jamais retrouvé le niveau des ventes d’avant Covid », se désole Laurent Valy. Alors qu’elle pourrait produire 140 000 véhicules par an, La Janais n’en sort que 85 000, un an seulement après le lancement du nouveau SUV C5 Aircross. « Sans engagement d’un véhicule complémentaire, on fermait boutique en 2028 », reconnaît le syndicaliste Laurent Valy.De 14 000 salariés aux heures de gloire, La Janais n’en emploie aujourd’hui plus que 1 500 en CDI et 500 en intérim. L’usine a survécu à de nombreuses crises et a échappé de peu à la fermeture en 2012, au prix de la suppression de plus d’un millier d’emplois, de gels de salaires et le rachat d’une partie du foncier par les collectivités. « On a toujours réussi à se redresser », souligne Laurent Valy qui réclame des garanties pour l’avenir, non seulement pour les salariés mais aussi les sous-traitants locaux.