Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Un mot dans l’air Un mot dans l’air Un mot dans l’air Dans les années 1970, des intellectuels d’extrême droite préconisent de diffuser leur idéologie dans tous les champs culturels, afin d’imprégner les esprits. Du limogeage du patron de Grasset au rachat d’UGC, cette stratégie est aujourd’hui mise en pratique. Article réservé aux abonnés Un mot dans l’air. C’est une guerre de mots et d’images. Un conflit de récits dont les plateaux de télévision, les librairies et les salles obscures sont, avec les réseaux sociaux, devenus les principaux champs de bataille. Pas une semaine sans un nouvel épisode révélateur de l’offensive idéologique en cours, depuis l’instrumentalisation de la commission parlementaire sur l’audiovisuel public jusqu’à la mise au pas de Grasset et aux représailles annoncées à l’encontre des signataires de la tribune dénonçant une concentration des financements du cinéma. Forgé au XVIIIe siècle dans les milieux contre-révolutionnaires et réinvesti par la nouvelle droite depuis les années 1970, un mot apporte des clés de compréhension aux bouleversements en cours dans le paysage culturel. La métapolitique – le préfixe grec « méta » signifiant « au-dessus » ou « au-delà » – désigne une approche de long terme qui vise à remodeler le débat public en amont des institutions pour rendre acceptables dans la société des idées auparavant jugées radicales. « Appliquée aujourd’hui à l’extrême droite, la métapolitique n’a pas pour objectif de proposer un programme électoral, mais vise à investir des espaces en apparence non politiques – culturels, festifs, entrepreneuriaux, religieux ou patrimoniaux – pour embarquer les esprits et normaliser des opinions jusque-là impensables », explique le politiste Tristan Boursier, enseignant-chercheur à l’université du Québec à Montréal (Canada) et au Cevipof. Le concept fait l’objet d’une attention renouvelée dans les cercles académiques, qui en ont retracé la double généalogie. Le mot apparaît en France sous la plume de l’écrivain contre-révolutionnaire Joseph de Maistre (1753-1821), lui-même l’empruntant à des philosophes allemands. Pour Maistre, la métapolitique désigne la « métaphysique de la politique », c’est-à-dire les grandes idées qui sous-tendent l’action et résultent selon lui d’une volonté transcendante, d’un ordre sacré, à rebours des prétentions révolutionnaires à transformer la vie politique. Il vous reste 62.96% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.