Six eurodéputés de droite, de gauche et des Verts, parmi lesquels François-Xavier Bellamy, Raphaël Glucksmann et Marie Toussaint, ont écrit au Premier ministre pour défendre les régions françaises face au futur budget européen. Rare. Et pas anodin.Qu’est-ce qui peut réunir François-Xavier Bellamy, Raphaël Glucksmann et l’écologiste Marie Toussaint ? Rien a priori, sinon la défense des régions et des fonds européens qu’elles gèrent depuis 2014. Les trois eurodéputés, accompagnés de Nora Mebarek (S & D), David Cormand (EELV) et Isabelle Le Callennec (PPE), ont signé une lettre commune adressée à Sébastien Lecornu. Message : assez de procrastinations, il faut défendre les régions françaises à Bruxelles !Les signataires lui rappellent d’abord une promesse non tenue. Le Premier ministre s’était engagé à recevoir les présidents de Région « dès le mois de novembre dernier ». Nous sommes en mai 2026. Le rendez-vous n’a pas eu lieu, selon les signataires.Les régions dans le viseurL’urgence, pourtant, est jugée réelle. Depuis le 16 juillet 2025, la Commission européenne a posé sur la table sa proposition de budget européen de long terme pour la période 2028-2034 et le moins que l’on puisse dire est que cette proposition inquiète.Les montants sont conséquents – 2 000 milliards d’euros sur sept ans – mais l’architecture de ce budget inquiète. Les signataires dénoncent une « logique de centralisation » portée par les futurs plans nationaux et régionaux de partenariat, ainsi que la « dilution des politiques historiques de cohésion dans un instrument unique ». Bruxelles simplifie en centralisant. Or ce n’est pas tout à fait la même chose.La Commission veut passer de plus de 500 documents de programmation à 27, soit un par État membre. Les régions, autorités de gestion depuis 2014, regardent leur rôle se rétrécir. Les eurodéputés le formulent avec soin : cette évolution fait « craindre un affaiblissement du rôle des régions dans la gouvernance, l’élaboration et la mise en œuvre des fonds européens ». Or les régions françaises ont, selon les signataires, « démontré leur capacité à exercer avec succès les responsabilités d’autorités de gestion ». Leur proximité avec le terrain leur a donné une expertise « reconnue par l’ensemble des acteurs concernés ». L’effacer, ce serait un recul.La négociation chiffrée commence en juinLe calendrier ne laisse plus de marge. La présidence chypriote du Conseil vise un document de négociation chiffré pour juin 2026. « Les prochains mois seront déterminants pour fixer les grands équilibres budgétaires, institutionnels et territoriaux du futur CFP (cadre financier pluriannuel, NDLR) », écrivent les six.Ils réclament donc une rencontre « dans les meilleurs délais » pour que les régions contribuent à « coconstruire la position française ». La France, précisent-ils, « doit défendre une vision ambitieuse d’une politique de cohésion forte, territorialisée et fondée sur une véritable gouvernance multiniveaux, reconnaissant pleinement le rôle central des régions ».La lettre tend aussi un miroir à Sébastien Lecornu. Elle rappelle, avec une politesse appuyée, « l’attachement [qu’il a] régulièrement exprimé au rôle des collectivités territoriales et à la nécessité d’ouvrir une nouvelle étape de la décentralisation ». Les discussions sur le CFP constituent « un moment charnière pour traduire concrètement cette ambition ». Il pourrait commencer par là.Macron en fin de règne, Merz en embuscade« L’État et les régions », concluent les six signataires, doivent « parler d’une même voix ». François-Xavier Bellamy, Raphaël Glucksmann et Marie Toussaint ensemble : c’est déjà presque ça. En tout cas, c’est assez rare pour susciter un certain intérêt à Matignon.À vrai dire, la France a de nombreuses batailles à mener concernant le prochain budget européen mais dispose de peu de cartes de mains. Le président Macron, pour sa dernière année de mandat, a déjà épuisé une grande partie de son capital politique à défendre, comme il a pu, les agriculteurs dans la négociation du Mercosur avec l’établissement d’une clause de sauvegarde agricole solide en cas de perturbation des marchés sensibles. Il doit aussi se battre pour préserver les aides de la future PAC et éviter une nationalisation rampante qui creuserait un peu plus une concurrence déjà jugée déloyale au sein de l’UE.En face de lui, il a un chancelier allemand, Friedrich Merz, qui songe surtout à redresser l’économie allemande et voudrait concentrer les crédits européens sur le futur fonds de compétitivité (plus de 400 milliards d’euros à ce stade de la négociation). L’Allemagne estime que l’Europe doit se mettre à la diète. Et si la PAC et les fonds gérés par les régions pouvaient fondre, il ne s’en plaindrait pas. Or Friedrich Merz a le temps. Lui, dans un an, n’a pas d’échéance électorale. Son seul problème, a priori, serait d’avoir à négocier un budget européen avec une France dirigée par Jordan Bardella.Cependant, les deux hommes convergent sur certains sujets. Le RN n’a jamais caché que le budget européen lui paraissait une anomalie dans une Europe qui, à ses yeux, doit réduire ses compétences et donc ses dépenses au strict minimum. La sobriété financière est, dans le fond, une valeur partagée entre Friedrich Merz et Jordan Bardella. L’Allemagne a les poches profondes. Elle peut se passer des fonds européens. Et la France de Bardella – s’il est élu – voudra modifier le calcul des contributions nationales de manière à payer moins…Le chancelier Merz doit donc faire un choix : veut-il conclure cette négociation financière avec le président Macron (et concéder des choses sur la PAC et les régions) ou attendre son successeur ? Où est son intérêt ? Il est le vrai maître du jeu, à ses risques et périls.
« Un moment charnière » : Sébastien Lecornu sommé par des eurodéputés français de défendre les régions
Six eurodéputés de droite, de gauche et des Verts, parmi lesquels François-Xavier Bellamy, Raphaël Glucksmann et Marie Toussaint, ont écrit au Premier ministre pour défendre les régions françaises face au futur budget européen. Rare. Et pas anodin.








