REVUE DE PRESSE. À l’issue de la visite du président en Chine, les médias américains n’ont pas manqué d’évoquer la démonstration de force à laquelle se sont livrées les deux superpuissances. Une séquence largement perçue comme favorable à Xi Jinping.Chine : 1, États-Unis : 0. La visite de Donald Trump en Chine aurait dû être l’occasion pour le président américain d’affirmer la puissance américaine. En réalité, la presse américaine dresse un constat sans appel : le grand gagnant s’appelle Xi Jinping. Pour USA Today, la Chine « ne se comporte plus comme une puissance émergente cherchant à s’intégrer à un ordre international dominé par les États-Unis. Elle se comporte comme un co-acteur du système international. [...] Cette visite a démontré que le plus grand État autocratique du monde n’est plus un quasi-égal des États-Unis, mais bien leur égal ».« Si Trump qualifiera sans aucun doute ce voyage de triomphe, il était difficile d’y voir autre chose qu’un passage de témoin », souligne le Time, qui voit dans cette visite l’avènement de la domination chinoise. « L’image d’un président américain, pour qui la belligérance a longtemps été un gage de fierté, paraissant mal à l’aise et intimidé, illustre de façon frappante le bouleversement des rapports de force mondiaux. » Le Washington Post confirme, « sur le plan du spectacle comme de la politique, le sommet avec la Chine atteint l’objectif de Xi : l’égalité avec les États-Unis », une égalité que les Chinois ont longtemps recherchée et à laquelle les Américains ont soigneusement résisté jusqu’ici. Le New York Times est plus nuancé : « Les deux parties ont atteint leurs objectifs. M. Trump est reparti avec des accords qu’il pouvait présenter comme des victoires économiques, tandis que M. Xi a profité de la rencontre pour présenter la Chine comme un concurrent à part entière des États-Unis, un pays qui n’a pas besoin de se soumettre aux exigences américaines. »Ce changement drastique dans le rapport de force doit beaucoup, selon les médias américains, à un Donald Trump affaibli, déférent ou dominé. The Atlantic, peu réputé pour son affection pour le président américain, est sévère. « Un joueur de dames rencontre un maître d’échecs en trois dimensions », titre le mensuel, évoquant ses « flagorneries habituelles » qui ne lui ont « pas été d’un grand secours » et osant une comparaison historique : « Durant les siècles où les dynasties régnaient sur la Chine, les rois et chefs de toute l’Asie envoyaient des “missions tributaires” à la cour impériale pour rendre hommage à l’empereur en échange de l’accès aux richesses et aux faveurs de l’empire. Le voyage de Donald Trump à Pékin cette semaine a rappelé ces missions. Le président américain est arrivé la main tendue, cherchant de l’argent et des promesses auprès de Xi Jinping. »Un Donald Trump élogieux« Le président a fait preuve d’une rare déférence envers son homologue », confirme CNN, « manifestant une retenue inhabituelle ». « Le même président qui critique régulièrement ses alliés en les traitant de profiteurs a adopté une attitude étonnamment déférente envers le principal rival géopolitique des États-Unis », tance USA Today. Le dirigeant a accepté une relation d’égal à égal avec Pékin sans contrepartie visible sur les sujets sensibles. Et en premier lieu, Taïwan.Pour Xi Jinping, Taïwan « est la question la plus importante des relations sino-américaines », rapporte le Time. Le dirigeant autoritaire chinois a vivement critiqué les ventes d’armes américaines à Taïwan, avertissant que les deux superpuissances pourraient « s’affronter, voire entrer en conflit » au sujet de cette île autonome, sur laquelle la Chine revendique sa souveraineté. « Il s’agit assurément d’un choix délibéré visant à clarifier une chose : Pékin souhaite entretenir une relation positive, mais seulement si les États-Unis respectent ce que la Chine considère comme sa ligne rouge concernant Taïwan », analyse CNN, qui rapporte une scène pour le moins parlante : « Lors d’une promenade avec Xi autour du Temple du Ciel, alors que les journalistes accrédités américains tentaient de le bombarder de questions, Trump, d’ordinaire prompt à dialoguer, s’est contenté d’une brève formule de politesse, ignorant les questions criées sur Taïwan. » « Pékin n’a pris aucun engagement de réduire la pression militaire ni montré aucun signe d’apaisement du différend central concernant Taïwan », précise Fox News.Nombre d’autres sujets ont également été passés sous silence. « Nul n’ignore que Trump n’a aucun intérêt pour les droits religieux, la liberté de la presse, les droits des travailleurs, la répression contre les Tibétains et les musulmans ouïghours, l’érosion des libertés à Hongkong. Pourtant, rien ne laissait présager qu’il ait cherché à mettre Pékin face à ses responsabilités sur des questions stratégiques telles que le cyberespionnage, le vol de propriété intellectuelle, les subventions d’État, la sous-évaluation du renminbi ou l’exportation de précurseurs du fentanyl », énumère le Time. « Il y a dix ans, un tel silence de la part d’un président américain en visite à Pékin aurait été politiquement impensable », assure USA Today, mais « Trump, avec son mépris pour les alliances internationales et les valeurs libérales, ne semble pas vouloir s’opposer à Xi sur ces points », critique The Atlantic.L’avenir « affaibli » des États-UnisSur l’Iran, l’Américain a même semblé défendre la position de la Chine, soutien du régime iranien : « Écoutez, [Xi Jinping] n’arrive pas avec des armes. Il n’arrive pas avec des fusils. Ils n’arrivent pas en tirant. » Le président américain avait repoussé de six semaines sa visite en Chine, espérant arriver là-bas avec, à son actif, une victoire militaire sur l’Iran. Face à l’enlisement du conflit ,il s’est mis en position de faiblesse. « Peut-être Trump a-t-il simplement compris qu’il était vain de compter sur Xi pour résoudre le chaos au Moyen-Orient », se demande The Atlantic. « L’objectif de la Chine semble être d’affaiblir la puissance américaine dans la région ; par conséquent, contribuer à “une victoire américaine décisive” serait stratégiquement contre-productif. » L’attitude américaine, pour le mensuel, « pourrait s’avérer politiquement risquée », à quelques mois des élections de mi-mandat et alors que Donald Trump a toujours fait de l’hégémonie des États-Unis, y compris sur la Chine, son cheval de bataille.Trump n’est certes pas reparti les mains vides. Il a affirmé que Xi Jinping s’est engagé à acheter 400 moteurs d’avion General Electric et 200 appareils Boeing. Mais, selon The Atlantic, « les détails restent flous et aucun accord formel ne semble avoir été conclu ». Pour le magazine, Xi Jinping maîtrise parfaitement l’usage de concessions ciblées pour renforcer son influence sur Washington. Il a suspendu l’an dernier ses achats de soja auprès des agriculteurs américains, un électorat clé pour Trump, afin de contraindre le président à renoncer à sa guerre commerciale. « Rendre les entreprises et les citoyens américains plus dépendants de l’argent chinois promet d’être un autre moyen d’affirmer le pouvoir de la Chine sur les États-Unis. »Le sentiment dominant dans plusieurs médias américains est celui d’un recul stratégique. Au point que même Donald Trump a évoqué à Fox News un « G2 », une terminologie qui induit, pour Time, que « le grand renouveau de la nation chinoise et le retour de la grandeur de l’Amérique peuvent aller de pair ». Même si la Chine refuse encore l’idée d’un directoire sino-américain, le constat est là, pour The Atlantic : « Malgré la puissance économique, militaire et diplomatique américaine, les erreurs de Trump l’ont placé, lui et son pays, en position de faiblesse face à un Xi Jinping bien plus discipliné. […] Voilà comment un président américain qui a longtemps insisté sur la puissance américaine et une ligne dure envers la Chine condamne le pays à un avenir affaibli. »
« Un joueur de dames face à un maître d’échecs » : Xi Jinping sort grand gagnant du sommet avec Trump
REVUE DE PRESSE. À l’issue de la visite du président en Chine, les médias américains n’ont pas manqué d’évoquer la démonstration de force à laquelle se sont livrées les deux superpuissances. Une séquence largement perçue comme favorable à Xi Jinping.










