La cheffe Elim Chan, originaire de Hong Kong, faisait mercredi et jeudi ses débuts avec l’Orchestre symphonique de Montréal. La qualité et la concentration musicale de ce que nous avons entendu nous font espérer le début d’une relation suivie.Ce n’était pas une soirée hommage aux bulots, huîtres, buccins et autres mollusques. Le flou et l’invertébré, ce n’est vraiment pas le genre de la cheffe Chan, 40 ans en novembre prochain. Les mots qui s’imposent à l’issue de la soirée sont plutôt « carrure » et « ossature », tant sur le plan de l’architecture des œuvres que de leurs concepts sonores.On peut deviner que la rencontre s’est faite avec bonheur dans les deux sens, car l’OSM a « joué son hockey des séries » pour cette musicienne d’un aplomb peu commun, tant et si bien que la cheffe paraissait réellement (et légitimement) émue de tant de beauté après La mer de Debussy qui concluait le concert.Il est vrai que ce fut magistral, notamment la seconde partie, qui associait assez étrangement Debussy et Wagner, alors qu’une forme d’amour-haine reliait le premier au second. Si l’on recherche un thème au programme, il y avait celui de l’eau (Corsaire, Mer, voyage en bateau de Tristan et Isolde) et de celle l’amour (Tristan et Isolde et Concerto pour alto de la Canadienne Cassandra Miller).En entrevue avec nous samedi dernier, Elim Chan confessait accorder beaucoup d’importance au son. Évidemment, le plaisir que l’on retire de cet attachement est plus grand lorsqu’on a en face de soi un grand orchestre. Chan a eu cet immense privilège. D’abord avec une vraie exaltation berliozienne dans Le corsaire, mais aussi les couleurs de la tendresse chère à Berlioz, dès le deuxième thème, qui fait un peu penser à « Roméo seul » dans Roméo et Juliette.