Parfois volontairement ou pour aller plus vite, les coûts et échéanciers des virages numériques pilotés par le gouvernement du Québec sont mal estimés, relève l’Autorité des marchés publics (AMP) dans un rapport déposé jeudi.L’organisme de surveillance des marchés publics dresse un bilan dévastateur de 11 projets pilotés par le gouvernement du Québec. L’AMP avait été mandatée pour examiner ces contrats en mai 2025 à la demande de Sonia LeBel, alors présidente du Conseil du trésor.Au terme de son examen, elle constate que « les objectifs et les besoins des projets sont souvent mal définis », que « les coûts sont sous-évalués », que « les processus contractuels et de gestion de projets ne sont pas assez maîtrisés » et que « les organismes publics manquent d’encadrement et de soutien ». En définitive, les bénéfices des projets sont en outre « difficiles à mesurer et à quantifier ».Et « toutes ces faiblesses contribuent à des dépassements de coûts, d’échéanciers et de portée, voire à l’échec de projets numériques publics », souligne l’AMP.Elle a constaté des manquements dès les étapes de préparation des projets numériques. La définition des besoins d’affaires est, par exemple, « incomplète ou peu structurée ». Les estimations de coûts et d’échéanciers sont quant à elles « fragiles » et doivent « souvent être révisées en cours de réalisation ».Comptabilité créativeL’AMP fait aussi état d’une « volonté d’autoriser des projets de façon précoce, au détriment de la robustesse du cadrage initial ». « À cela s’ajoute, dans certains cas, une sous-estimation volontaire des coûts et des échéanciers dans le but de faciliter l’autorisation des projets en les rendant plus acceptables au regard des contraintes budgétaires et organisationnelles », écrit-elle.Dans l’un des cas qu’elle a étudiés, le coût autorisé pour un projet excluait le prix des ressources internes et les coûts d’implantation de la solution choisie. Cela « a permis de réduire le budget devant faire l’objet d’une autorisation », relève l’AMP.La même inventivité est observée au moment de rendre des comptes. « Certaines pratiques observées s’apparentent à une forme de créativité budgétaire, notamment dans la façon dont certains coûts sont considérés, présentés ou exclus des redditions de comptes », a constaté l’AMP. Dit autrement : « La reddition de comptes ne reflète pas toujours la réalité. »L’AMP fait référence à un constat semblable formulé par la commission Gallant, mise sur pied pour ausculter le virage numérique de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ). « Cette pratique de réallocation des enveloppes du contrat a permis à la SAAQ d’accroître discrètement le financement du contrat, sans qualifier cette hausse de “dépense supplémentaire” au sens de la Loi sur les contrats des organismes publics. En finançant les dépassements de coûts à même les enveloppes prévues à l’intérieur du montant total du contrat », disait cette commission dans son rapport.Le Trésor aux commandesLà où le rapport Gallant recommandait la création d’une entité centralisée spécialisée en transformation numérique de l’État, l’AMP suggère de « confier à une entité centrale, chapeautée par le Secrétariat du Conseil du trésor, un mandat couvrant à la fois la gouvernance, le pilotage et le soutien des projets numériques à l’échelle gouvernementale ».Le ministère de la Cybersécurité et du Numérique devrait de son côté se concentrer sur « les solutions technologiques devant être proposées ou déployées », en plus de « jouer un rôle-conseil auprès des organismes publics dans le développement ou la réalisation de leurs projets numériques et de s’assurer de la sécurité des actifs, des données et autres aspects de nature technologique ».L’AMP suggère aussi que les personnes affectées à des postes clés dans des projets numériques profitent d’une certification. Cela, afin de s’assurer que ces personnes possèdent les « compétences nécessaires pour exercer leurs fonctions de manière adéquate ».
Pour aller plus vite, les coûts des projets numériques sont sous-estimés par Québec
L’Autorité des marchés publics dresse un bilan dévastateur de 11 projets pilotés par le gouvernement.







