« Histoire naturelle de la fiction », d’Edgar Dubourg, Humensciences, 366 p., 23 €, numérique 16 €.

« HOMO SAPIENS », ANIMAL À FICTIONS

Emma Bovary, on s’en souvient, s’installe à Yonville. Le problème est que ce village de Normandie n’existe pas, pas plus que cette femme. Sauf dans le roman de Flaubert, évidemment. Pourtant, même si rien n’est vrai, et que tout lecteur le sait, chacun persiste à se passionner pour cette histoire – ou pour mille autres, plus fantastiques. D’épopées en sagas, de films en jeux vidéo, de séries télévisées en romans, nous ne cessons d’être enthousiasmés, captivés, émus, distraits, instruits, terrorisés ou apaisés par les aventures de personnages imaginaires.

Pourquoi ? D’où vient cette fascination addictive ? Peut-on en rendre compte et, si oui, par quelle méthode ? Telles sont les questions de fond posées par le premier travail, remarquable, d’un jeune chercheur au département d’études cognitives de l’Ecole normale supérieure, Edgar Dubourg, un nom à retenir. Car il ne se contente pas d’analyser le plaisir que nous prenons à nous immerger dans quantité de fictions diverses, mais se demande d’où a pu émerger, dans la longue histoire de notre espèce, cette capacité somme toute étrange.