Livre. C’est un mot bizarroïde, dont l’initiale détonne dans la famille des sigles LGBTQIA+. Inès et Philippe Liotard, spécialistes des théories prenant pour objet le corps, le genre et la sexualité, et auteurs de Queer (Anamosa, 112 pages, 9 euros) admettent d’ailleurs en préambule du petit ouvrage combien il les a troublés. Si c’est dans cette capacité à perturber l’analyse que réside toute la force du terme, cela ne va pas sans compliquer la tâche de ce duo père-fille, qui cherche à le prendre au pied de la lettre.

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Pour y voir clair dans ce joyeux désordre, il fallait comme souvent en revenir à l’histoire. Dans la langue anglaise, queer, qui qualifie couramment tout ce qui est étrange, bizarre, tordu ou excentrique, commence à être utilisé au début du XXe siècle comme une injure à destination de celles et ceux qui transgressent les normes du genre et de la sexualité – homosexuels masculins en particulier.

Par une stratégie de retournement du stigmate, les intéressés, particulièrement aux Etats-Unis, ne tardent pas à se réapproprier l’insulte pour en faire un étendard. De l’écrivain américain William S. Burroughs (1914-1997) dans les années 1950 à la militante lesbienne chicana Gloria Anzaldua (1942-2004) dans les années 1980, « queer » devient progressivement une identité accueillante pour tous ceux dont l’apparence et les pratiques sexuelles sont jugées inconvenantes ; un refuge « où l’on peut vivre, dire et se dire ».