La journaliste Géraldine Meignan, le 22 mai 2025, à Paris. JULIE BALAGUÉ POUR M LE MAGAZINE DU MONDE
Dans ma famille, ce sont souvent les hommes qui cuisinent. Et c’est mon grand-père paternel, surnommé « Popa », qui m’a transmis le feu sacré. Il avait troqué sa carrière de clerc de notaire pour cultiver son jardin et passait beaucoup de temps dans son potager – j’ai compris plus tard, quand j’ai mis à mon tour les mains dans la terre, à quel point c’est ressourçant d’être au contact de la nature.
Mes deux frères et moi passions une partie de nos vacances chez nos grands-parents, dans les Yvelines. Mon grand-père cuisinait beaucoup. Je pouvais rester des heures, accrochée à la barre du fourneau, à observer ses gestes, ses gros doigts qui maniaient les casseroles, sa maîtrise des cuissons. Il faisait une cuisine traditionnelle, relativement simple et riche. Sa façon de réaliser les omelettes, dans les règles de l’art, m’impressionnait. Il préparait aussi une somptueuse blanquette à l’ancienne, que j’ai aujourd’hui adaptée à ma conscience écologique en la rendant végétarienne et antigaspi.
Mes parents se sont séparés quand j’avais 11 ans. Notre mère cuisinant peu et travaillant tard, mes frères et moi préparions ce qu’on appelait des « nouilles farcies » : coquillettes, sauce tomate et steak haché. C’était notre dîner quotidien, jusqu’à ce que je décide de diversifier nos assiettes. Un week-end sur deux, on était chez notre père, qui nous mitonnait des petits plats, c’était la fête. Pendant mes études supérieures, je suis allée habiter chez lui, on cuisinait ensemble, des poulets rôtis, du bœuf carottes, on menait une vie de bohème.






