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« Toutes les époques sont dégueulasses », de Laure Murat, Verdier, « Les arts de lire », 80 p., 7,50 €.
Dans un court essai extrait d’une conférence, Toutes les époques sont dégueulasses, Laure Murat, historienne et professeure à l’université de Californie à Los Angeles, interroge la tendance actuelle à réécrire ou à censurer les œuvres littéraires jugées problématiques. Elle invite à une réflexion nuancée sur la manière d’aborder les œuvres du passé, soulignant l’importance de contextualiser sans pour autant effacer, afin de préserver la richesse et la complexité du patrimoine littéraire.
Dans votre livre, vous soulignez un malaise qui traverse la culture contemporaine, en particulier à propos des débats sur la mémoire, l’identité et la censure. Vous dites ne vous retrouver dans aucun des camps qui s’opposent sur la réécriture des textes. Pourquoi ?
C’est le problème des guerres culturelles : elles nous contraignent à choisir un camp, alors que la réalité est bien plus complexe. Sur la réécriture, par exemple, remplacer le mot « nègre » par « noir » répond à un besoin légitime de notre époque, qui a intégré les avancées des études postcoloniales et de la théorie critique de la race, et ne peut plus entendre certaines choses, a fortiori lorsqu’on sait à quel point le racisme reste enraciné dans les mentalités. Mais le problème, si on remplace un mot par un autre, est que l’on dérobe l’objet du débat et que l’on dénature ses enjeux. Supprimez les remarques et les attitudes sexistes de James Bond pour en faire un protoféministe (il y a beaucoup de travail !), et vous ne comprendrez plus rien à la misogynie des années 1950.






