Pavel Durov, patron de Telegram, prononce un discours lors du Mobile World Congress à Barcelone, le 23 février 2016. ALBERT GEA / REUTERS

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uelle mouche a donc piqué Pavel Durov ? Dimanche 18 mai, alors que la Roumanie vote pour élire son nouveau président, le patron de Telegram a publié une série de messages accusant la France, et plus spécifiquement le directeur de la DGSE Nicolas Lerner, de lui avoir demandé de censurer des « voix conservatrices en Roumanie ». Les accusations, à l’appui desquelles M. Durov ne présente aucune preuve, ont été immédiatement démenties par le Quai d’Orsay puis, cas rarissime, par la DGSE.

Pourquoi donc, si M. Durov a bien fait l’objet au printemps, comme il l’affirme, de pressions qu’il juge illégales, a-t-il attendu la toute dernière ligne droite du deuxième tour de l’élection présidentielle roumaine, au moment où les premiers sondages sortis des urnes annonçaient la victoire du candidat pro-européen, pour en révéler l’existence ? Le moment choisi par M. Durov, de nature à inciter les électeurs « anti-système » à se rendre aux urnes, donne à son message toutes les caractéristiques d’une tentative de peser sur le résultat du scrutin.

Quelles « voix conservatrices » aurait-il, d’ailleurs, bien pu « faire taire » ? Ni l’ancien candidat Calin Georgescu, ni George Simion, battu ce 18 mai, n’ont de compte officiel sur Telegram – M. Simion préférait jusqu’à peu WhatsApp, la messagerie honnie par M. Durov. Si les sympathisants des deux candidats anti-européens ont bien utilisé l’application pour s’organiser, y compris pour coordonner la diffusion de messages mensongers, c’est sur Facebook et TikTok que M. Simion a mené sa campagne en ligne : sur chacune de ces deux plateformes, bien plus populaires que Telegram en Roumanie, il compte 1,7 million d’abonnés, un chiffre conséquent dans un pays d’environ 20 millions d’habitants.