C’est l’histoire de Timothy Friede, mécanicien poids lourds, qui s’est lancé il y a une vingtaine d’années dans un projet pour le moins inhabituel. Ce passionné de serpents, constamment exposé au risque de morsure, a entrepris de s’injecter régulièrement du venin extrait de ses spécimens dans l’espoir de développer une immunité. Or, en donnant son sang, il a permis à des chercheurs de la société californienne Centivax (San Francisco) et de l’université Columbia de New York de concevoir un cocktail thérapeutique capable de lutter contre un large éventail de venins parmi les plus redoutables au monde.

Serpent de la Mulga (Pseudechis australis), de la famille des Élapidés. WIKIMEDIA COMMONS

Cette avancée, publiée le 2 mai 2025 dans la revue Cell, repose notamment sur l’isolement de deux anticorps particulièrement puissants à partir du sang de Timothy Friede qui, entre 2001 et 2018, s’est volontairement injecté de faibles doses de venins de serpents (mambas, cobras, crotales, taïpans, entre autres). Ce cocktail constitue une étape majeure vers la mise au point d’un antivenin universel, susceptible de remplacer les sérums actuels, souvent spécifiques d’une seule espèce, coûteux à produire et difficilement accessibles dans les régions du monde où les morsures de serpents sont pourtant les plus fréquentes.