Monde EuropeLes députés espagnols ont voté en faveur d'un projet de loi accordant la nationalité espagnole à toutes les personnes nées au Sahara occidental avant 1977, ainsi qu’à leurs descendants. De quoi envenimer les relations déjà tendues avec le Maroc depuis la crise de Ceuta en juillet dernier.Par Juliete LaffontarticleLecture 4 MinPublié le 11/09/2026 à 16:47Le député hispano-sahraoui Tesh Sidi, du parti Mas Madrid, embrasse Maite Isla, présidente de la Coordination nationale des associations de solidarité avec le Sahara , devant le Parlement espagnol à Madrid, le 10 septembre 2026, après le vote accordant la nationalité espagnole aux Sahraouis nés sous l'ancienne administration espagnole. REUTERS/Susana VeraREUTERSC'est une annonce qui promet déjà d'électriser un peu plus les relations entre l'Espagne et le Maroc. La chambre basse du Parlement espagnol a approuvé une loi accordant la citoyenneté à des dizaines de milliers de personnes nées au Sahara occidental, territoire disputé, qui était administré par l'Espagne jusqu'en 1976, et dont le Maroc revendique désormais la souveraineté. Les personnes nées au Sahara occidental avant 1977 et leurs descendants "sont restés dans une situation d’incertitude juridique et politique" pendant des décennies, a déclaré au Financial Times un représentant de la coalition de gauche Sumar, qui a porté le texte, adopté jeudi par 168 voix contre 31, tandis que 145 députés se sont abstenus. "Reconnaître un droit"Le projet de loi "cherche à reconnaître un droit qui leur a été retiré au cours du processus de décolonisation du Sahara, un processus qui reste inachevé", a déclaré le groupe politique Sumar, qui estime qu'environ 80 000 personnes pourraient bénéficier de cette mesure. Et d'ajouter : "L’Espagne a une dette historique envers le peuple sahraoui".Si elle est confirmée par le Sénat, cette initiative risque d’ajouter une nouvelle source de tensions aux relations entre les deux pays, déjà mises à rude épreuve après l'arrivée de 70 000 migrants depuis le Maroc vers l’enclave espagnole de Ceuta. Samir Bennis, cofondateur de Morocco World News, un site d’information anglophone, a écrit sur X que cette loi constituerait "un affront majeur" pour le Maroc et pourrait provoquer une "crise". Selon lui, elle alimenterait le séparatisme sahraoui.La souveraineté du Sahara occidental en questionAyant appartenu à l’Espagne jusqu’en 1976, le Sahara occidental est en majeure partie contrôlé par le Maroc mais reste un territoire non autonome pour les Nations unies. Un conflit y oppose depuis 50 ans Rabat aux indépendantistes du Front Polisario, soutenus par l’Algérie. Et les efforts de l'ONU visant à organiser un référendum pour déterminer s’il doit être intégré au Maroc ou devenir indépendant sont bloqués depuis des décennies, même si le Maroc a réussi à rallier un grand nombre de pays, dont la France, à sa cause. Même si Madrid a apporté son soutien au plan marocain d’autonomie depuis 2022, après une précédente crise migratoire à Ceuta, certains analystes estiment que la crise de fin juillet dans l'enclave pourrait avoir été orchestrée par le Maroc comme un message envoyé à l’Espagne après la visite de Pedro Sánchez en Algérie en juillet.Relations tendues après la crise de Ceuta Après une première fuite dans la presse, le gouvernement espagnol a déclassifié mercredi des rapports des services de renseignement et de sécurité, pour tenter de désamorcer les critiques formulées sur sa gestion de la crise. Le centre de renseignement des forces armées espagnoles y déplore que les autorités marocaines, prévenues la veille par le renseignement espagnol, aient fait preuve de "passivité" à l’égard des migrants. Ce qui n'a pas tardé à faire réagir Rabat. Le ministère marocain des Affaires étrangères a souligné jeudi qu’il n’existait aucune preuve que le Royaume ait joué un quelconque rôle dans l’afflux de migrants clandestins vers Ceuta."Pourquoi continuer à porter des accusations contre le Maroc alors qu’aucune preuve, aucun fait ni aucun rapport n’établit une quelconque implication des autorités marocaines ? Pourquoi les migrants clandestins ne sont-ils pas renvoyés alors que le gouvernement marocain s’est officiellement engagé à les réadmettre ?", s'insurge Rabat, qui n'a pour l'heure pas réagi au projet de loi sur la naturalisation des Sahraouis occidentaux.
Sahara occidental : en Espagne, ce projet de loi qui risque d'attiser les tensions avec le Maroc
Les députés espagnols ont voté en faveur d'un projet de loi accordant la nationalité espagnole à toutes les personnes nées au Sahara occidental avant 1977, ainsi qu’à leurs descendants. De quoi envenimer les relations déjà tendues avec le Maroc depuis la crise de Ceuta en juillet dernier.










