L’électro de Bonobo, la bande originale des Bruxellois d’Under The Reefs Orchestra, les notes d’espoir d’Ezra Collective ou l’orgue d’église réinventé à la sortie d’une boîte de nuit par Maxime Denuc... On a tout écouté et on vous raconte!1. "Distance in Static" de Bonobo★★★★☆C’est qui? Apparu sous les poils de Bonobo en 1999, le DJ et producteur anglais Simon Green est l’un des artistes les plus influents de la musique électro. Aussi à l’aise derrière ses machines qu’entouré d’un groupe de musiciens, Bonobo se produit en club, à l'affiche de festivals majeurs (Glastonbury, Coachella) ou sur les scènes de salles prestigieuses – de l’Opéra de Sydney au Royal Albert Hall de Londres.À la jonction du dancefloor et d’un trip méditatif, sa musique fusionne substances synthétiques et organiques autour de voix célèbres: Erykah Badu, Damon Albarn, Fink, Chet Faker ou Jordan Rakei se sont, un jour ou l’autre, réfugiés dans les bras de Bonobo.Notre avis. Finalisé sous le toit du ranch Broken Arrow, propriété californienne de Neil Young, ce nouveau Bonobo palpite au croisement des continents. Épaulé par un casting emmené par les voix d’Arooj Aftab, Joy Crookes, Nilüfer Yanya ou Ichiko Aoba, le producteur britannique se faufile entre influences japonaises, iraniennes et pakistanaises pour signer une œuvre hybride.Capable d’apaiser les âmes, puis d’emporter les corps jusqu’au bout de la nuit, ce "Distance in Static" renoue avec l’énergie d’albums comme "Black Sands" (2010) ou "Days to Come" (2006). Un retour en grâce.Bonobo - Always on Your Side (feat. Joy Crookes)2. "Club Imperiale" de Maxime Denuc★★★★☆C’est qui? Français exilé à Bruxelles depuis quelques années, Maxime Denuc conjugue vie de fêtard et envies de musicologue sur le clavier d’un orgue d’église. Adepte de la culture rave, jamais opposé à une petite afterparty, l’artiste voyage dans les couloirs du temps pour relier l’histoire séculaire d’un instrument à vent au monde numérique des ordinateurs.Notre avis. Machines et séquenceurs connectés à l’orgue de l’église Saint-Antoine de Düsseldorf, Maxime Denuc fantasme un monde disparu. Son nouvel album, "Club Imperiale", tire en effet son nom d’une boîte de nuit mythique qui, autrefois, surplombait une plage de la côte toscane.Désormais fermé, l’établissement sert de cadre fantasmagorique à une musique magique, planante et apaisante à souhait. Dans cette fiction spéculative, où les premiers rayons du soleil se jettent dans la mer, tout s’éclaire: Jean-Sébastien Bach est le père fondateur de la techno et, de Leipzig à Ibiza, toutes les fêtes ont une fin. Celle-ci est sublime.Maxime Denuc – "La Paloma"3. "Williwaw" d'Under The Reefs Orchestra★★★★☆C’est qui ? Projet collectif rêvé en 2016 par un seul musicien, Under The Reefs Orchestra s’est réellement étoffé au fil du temps pour devenir un plan à trois, et plus, si affinités. Cerveau des opérations, le guitariste bruxellois Clément Nourry élabore une musique instrumentale – jamais banale – aux côtés du saxophoniste Marti Mélia et du batteur Jakob Warmenbol.En équilibre sur un fil tendu entre post-rock, free jazz et bandes originales de films, le trio tricote du groove à la sueur du front et libère des émotions à tour de bras.Notre avis. Inspiré par le nom d’un vent soufflant violemment le long des régions côtières d’Alaska, "Williwaw" balaie les habitudes du trio bruxellois. Épaulés par le violon de Catherine Graindorge, le saxophone d’Alejandra Borzyk et les improvisations éclairées d'An Pierlé, les trois musiciens d'Under The Reefs Orchestra arpentent des paysages traversés par des pèlerins nommés Ennio Morricone, Shabaka Hutchings, Moondog ou Ry Cooder.Ultra cinématographique, la bande-son gravée sur ce troisième album se veut orageuse. Entre éclairs électriques et bourrasques de cuivres fiévreux, impossible de résister à la tempête "Williwaw".Under The Reefs Orchestra – "El Niño" & "Katarina" (Live in Brussels)4. "Here Because of Hope" d'Ezra Collective★★★★☆C’est qui? Les cinq musiciens d'Ezra Collective se sont rencontrés à Londres lors d'un stage organisé par Tomorrow's Warriors, une association qui promeut l'inclusion, la diversité et l'égalité à travers l'apprentissage du jazz.Formé en 2012 à l'initiative du batteur Femi Koleoso, le collectif a ouvert des portes sur l'afrobeat, le calypso, la soul, le reggae ou le hip-hop. Cet art affûté du métissage leur vaut un Mercury Prize en 2023 et le titre du "groupe de l’année" lors des Brit Awards 2025.Notre avis: Au printemps 2024, un fait divers secoue l'Angleterre. Sabre de samouraï à la main, un déséquilibré assassine un adolescent sur le chemin de l'école. Daniel Anjorin, 14 ans, était membre de la maison de jeunes encadrée par Femi Koleoso.Bouleversé par cette tragédie, le batteur d'Ezra Collective place l'espoir au cœur du nouvel album de sa formation. Leçon d'amour, le disque décloisonne le jazz aux côtés du rappeur Pa Salieu, de l’actrice Letitia Wright (Black Mirror, Black Panther) ou de la chanteuse Leona Lewis. Un hymne au vivre-ensemble.Lire ce week-end notre interview de Femi Koleoso (Ezra Collective)Pour Femi Koleoso, leader d'Ezra Collective, "le point de départ de ce disque, c’est la douleur. Sa destination finale est la joie". Une trajectoire qui passe aussi par un choix très concret: face à l’essor de l’intelligence artificielle, le batteur dit avoir voulu "sonner plus humain que jamais", quitte à délaisser perfection et virtuosité. Et si Ezra Collective reste profondément ancré dans le jazz, son ambition est désormais claire: "le partager avec le plus grand nombre".Ezra Collective - "Only Love" (feat. Pa Salieu)
De Bonobo à Ezra Collective, nos 4 albums du 11 septembre en 4 critiques
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