Le retour d’Ibeyi, la connexion entre Muse et la vie extraterrestre, une nouvelle figure du rock indépendant ou un laborantin spécialisé dans les recyclages du son des années 1980: on a tout écouté… et on vous raconte !1. "Offering" d'Ibeyi★★★☆☆C’est qui? Avec son premier album, publié en 2015, Ibeyi a charmé le monde entier. De Londres à Mexico, de Los Angeles à Rio, de Werchter à Coachella, les jumelles Lisa-Kaindé et Naomi Diaz sont devenues des stars. Le secret du succès? Des voix en or, un riche héritage familial (papa a officié au sein du Buena Vista Social Club), une sensualité R&B et des chansons imaginées entre finesses électroniques et rituels cubains. Adoubées par Beyoncé, influencées par James Blake et Frank Ocean, les deux sœurs chantent indifféremment en anglais, espagnol, yoruba et français.Notre avis: Alors que les trois premiers albums d'Ibeyi étaient hébergés sous le toit du label londonien XL Records (Fontaines D.C., Radiohead), le nouveau "Offering" sort en toute indépendance. Libérées des contraintes contractuelles, les sœurs Diaz évoluent au gré de leurs envies, papillonnant entre traditions ancestrales, infrabasses, harmonies vocales et incantations mystiques. Si la première partie du disque laisse franchement dubitatif, la collaboration avec Sofiane Pamart ("La tendresse d'un mot") marque un moment de bascule, ouvrant une seconde moitié d'exception, avec des titres comme "The Process" ou "Baba" que ne renierait pas Rosalía.Ibeyi - "Aset"2. "The Wow! Signal" de Muse★★☆☆☆C’est qui? Parti d'une modeste cité paroissiale du Devon, Muse est désormais l'un des poids lourds du rock à l'échelle internationale. Le trio, guidé par les inflexions épiques du chanteur Matthew Bellamy, aime l'emphase, le spectaculaire et les projets pharaoniques. Entamée en 1999 avec un son étoffé à la mémoire de Jeff Buckley, la discographie du groupe anglais évolue aujourd'hui aux portes du paranormal. En 2026, on estime que Muse a vendu près de 30 millions d'albums dans le monde. Notre avis: De nature mégalomane, Muse assume complètement sa folie des grandeurs. En mars, le trio n'a pas hésité à dévoiler le titre de son dixième album studio, en direct sur YouTube, depuis une capsule catapultée dans l'espace... L'annonce fait écho à la grande thématique de "The Wow! Signal": l'existence extraterrestre. Amorcée dès 2003 avec les visions apocalyptiques de l'album "Absolution", puis développée en 2006 sur "Black Holes and Revelations", cette ascension dans le bureau de Mulder et Scully s'étire cette fois aux frontières du réel.Pour résumer toutes les théories sous-tendues dans ce nouveau disque: Muse est convaincu que la délivrance de l'humanité tient à une rencontre du troisième type. Bande-son de cette science-fiction, "The Wow! Signal" se vit comme un opéra rock, copieux mais indigeste. Chœurs chantés en latin, nu-metal, hard rock et autres débauches symphoniques côtoient ici un ersatz de Daft Punk ("Nightshift Superstar"), un mauvais fac-similé de Billie Eilish ("Hush") ou une embardée cosmique inspirée par le générique de "Stranger Things". Si les Martiens aiment la musique, mieux vaut qu'ils évitent cet album. Sous peine de les voir s'envoler vers d'autres galaxies.Muse - "The Dark Forest"3. "Your Day Will Come" de Chanel Beads★★★★☆C’est qui? Vrai-faux groupe, Chanel Beads est le sanctuaire musical du seul Shane Lavers. Ce touche-à-tout new-yorkais recycle les mélodies d'autrefois avec le regard tourné vers l'avenir. Influencé par des groupes des années 1980 comme Prefab Sprout, Talk Talk, Steely Dan ou The Blue Nile, le jeune homme déforme les vestiges culturels de cette décennie lointaine avec des instruments contemporains, un certain sens de l'anticipation et une passion pour le psychédélisme. Curiosité ultime: tous les albums de Chanel Beads s'appellent "Your Day Will Come".Notre avis: En phase avec son obsession pour la récurrence des tendances et la répétition distordue des temps, Shane Lavers sort de nouveau un album intitulé "Your Day Will Come". Sous un titre identique au précédent, ce deuxième essai exhibe le meilleur de Chanel Beads: une bande-son cybernétique, portée par un chant androgyne et des arrangements (re)composés à l'aide des machines.Disque aérien, rêveur et envoûtant, ce disque met le doigt sur les paradoxes d'une époque égarée entre les promesses technologiques et une nostalgie sensible, humaine par excellence.Chanel Beads - "The Coward Forgets His Nightmare"4. "Your inner world is deeply uninteresting" de spiral staircase★★★★☆C’est qui? Nouvelle figure d'un rock alternatif ébauché de façon artisanale entre la couette et l'oreiller d'une chambre d'ado, Audie Ellis est une personnalité transgenre active sous le pseudo spiral staircase. Fan de Broadcast, de Death Grips, de Swans ou de la folkeuse Haley Heynderickx, l'artiste née en 2007 fait sensation sur les réseaux sociaux. Son approche de la musique, décomplexée et ultra nineties, devrait bientôt percer au grand jour.Notre avis: Avec quelques chansons, certains artistes parviennent à cristalliser les préoccupations d'une génération. C'est l'un des atouts indéniables du nouvel album de spiral staircase. Dans une fascinante fusion des genres (shoegaze, rock lo-fi, noise, électro, musique industrielle), ce disque raconte les doutes, la vie et les angoisses de la génération Z. Portée par une créativité qui, à certains égards, rappelle celle de Thom Yorke, la jeune Audie Ellis transcende ses traumas et convictions dans des morceaux personnels et habités de mille idées.https://youtu.be/WICtIH1-OMA?si=X_EGKyrEA1x4NxqR
Ibeyi, Muse, Chanel Beads, spiral staircase: nos 4 albums du 26 juin en 4 critiques
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